Mohammad Baqer Qalibaf ne choisit pas ses mots au hasard. Président du parlement iranien, ancien commandant des Gardiens de la Révolution, homme fort de Téhéran depuis l’élimination de Ali Larijani, il a publié ce mardi 5 mai un message sur X qui ressemble moins à une déclaration politique qu’à un compte à rebours.
Qalibaf a écrit que « la nouvelle équation pour le détroit d’Hormuz est en train de se dessiner », accusant l’Amérique et ses alliés d’avoir violé le cessez-le-feu et menacé la sécurité maritime et le trafic énergétique. Il a ajouté : « Nous sommes parfaitement conscients qu’elle ne peut pas supporter la poursuite de la situation actuelle, tandis que nous n’avons pas encore commencé. »
La formule est d’une précision chirurgicale : si ce que le monde a vu jusqu’ici n’est que le prélude, que faut-il attendre de la suite ?
Hormuz comme arme existentielle
Pour comprendre la portée de ces déclarations, il faut rappeler ce qu’est le détroit d’Hormuz dans l’architecture énergétique mondiale. Environ 20% du pétrole mondial transite par ce bras de mer de 33 kilomètres de largeur à son point le plus étroit. Le fermer, même partiellement, équivaut à serrer un garrot sur l’économie planétaire. C’est précisément ce que l’Iran a tenté de faire depuis le début du conflit en février 2026 — et c’est la raison pour laquelle Trump a lancé le « Project Freedom » pour escorter les navires bloqués.
Le ministre des Affaires étrangères iranien a déjà déclaré que « Hormuz ne reviendra jamais à son état antérieur à la guerre » et que « le contrôle du détroit est un intérêt sécuritaire critique pour la survie de l’Iran ». Ce que Qalibaf ajoute maintenant, c’est une dimension temporelle : l’Iran n’a pas encore déployé l’intégralité de sa capacité de nuisance. C’est un signal adressé simultanément à Washington, aux capitales du Golfe, et aux marchés mondiaux de l’énergie.
Les Émirats s’attendent à une frappe américano-israélienne
Le message de Qalibaf intervient dans un contexte régional où les nerfs sont à vif. Selon les informations rapportées dans la source, aux Émirats arabes unis — qui ont essuyé lundi leur première attaque iranienne depuis le cessez-le-feu d’avril — la conviction s’installe que l’agressivité de Téhéran finira par déclencher une réponse militaire de Washington et de Jérusalem. Des sources dans le Golfe indiquent que les Émirats « s’attendent à une frappe américano-israélienne contre l’Iran » qui rétablirait la dissuasion et stopperait les atteintes aux routes maritimes.
Cette attente ne relève pas du vœu pieux. Elle découle d’une analyse froide : Téhéran a frappé les Émirats, tenté de couler des destroyers américains, et son speaker du parlement annonce maintenant que le pire reste à venir. À un moment donné, la ligne rouge sera franchie — si elle ne l’est pas déjà.
Qalibaf a par ailleurs explicitement lié Israël à la tension croissante, exigeant que « l’attisement de guerre sioniste sur tous les fronts » cesse comme condition préalable à tout progrès diplomatique. La formulation est révélatrice : elle permet à Téhéran de présenter l’Iran non comme l’agresseur mais comme la victime d’une coalition hostile, tout en maintenant la pression maximale sur le détroit.
Un régime dos au mur — ou qui fait semblant de l’être
La rhétorique de Qalibaf obéit à une logique bien rodée. L’Iran sait que les négociations avec Washington sont au point mort depuis l’échec des pourparlers d’Islamabad. Le blocus naval américain sur les ports iraniens, imposé le 13 avril, prive Téhéran de ses revenus pétroliers et étouffe progressivement son économie. Dans ce contexte, brandir la menace d’une escalade à Hormuz est la seule carte de pression crédible qui reste entre les mains du régime.
Mais cette carte est à double tranchant. Chaque missile tiré contre les Émirats, chaque barrage contre un destroyer américain, rapproche le moment où Washington estimera que le coût de la retenue est supérieur à celui de l’action. Un analyste israélien a décrit la situation comme un « jeu du poulet » où tout dépend de qui craquera le premier. Et pour l’instant, ce sont les Iraniens qui accélèrent.
Qalibaf dit que l’Iran n’a pas encore commencé. Les chancelleries occidentales, elles, espèrent que cela restera du domaine de la rhétorique. Mais l’histoire de ces derniers mois — depuis les frappes du 28 février, le blocus, le cessez-le-feu fragile d’avril, et la reprise des hostilités de lundi — suggère que le détroit d’Hormuz est encore loin d’avoir révélé toute l’étendue de sa dangerosité.
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