Dans sa chronique hebdomadaire consacrée à Hatuna mibat rishon (Mariés au premier regard), le critique Dor Segal-Albukrek lâche une salve qui résume un malaise croissant autour de la saison 8 de l’émission phare de Keshet 12 : la production serait à nouveau tombée dans le même biais de casting — des participants issus, dans leur grande majorité, d’un milieu socio-économique aisé, à dominante ashkénaze, avec le profil typique du cadre du secteur technologique ou de la profession libérale de Tel-Aviv.
Ce reproche n’est pas nouveau. À chaque nouvelle saison de Chatounamie — comme l’appellent affectueusement ses fidèles — une partie des commentateurs soulève la même question : pourquoi l’émission, qui prétend offrir une fenêtre sur la société israélienne dans sa diversité, finit-elle systématiquement par présenter des participants qui se ressemblent autant? Le casting de la saison 8, qui met en scène sept couples guidés par les psychologues Yaël Doron, Gilad Horowitz et la nouvelle venue Kalanit Ben-Ari, n’a pas échappé à cette critique.
Une télévision qui se regarde dans un miroir étriqué
Le fond du problème dépasse la simple querelle de représentation. En Israël, la télévision de grande audience joue un rôle social particulier : elle est l’un des rares espaces où des communautés qui se côtoient peu dans la vie quotidienne se retrouvent devant le même écran. Une émission comme Chatounamie, qui enregistre régulièrement plusieurs centaines de milliers de téléspectateurs par épisode, pourrait théoriquement offrir une image plurielle de la société israélienne — ses Mizrahim, ses religieux, ses habitants des périphéries, ses nouvelles immigrations. Le fait qu’elle revienne, saison après saison, à peu près aux mêmes profils sociologiques est, selon Segal-Albukrek, un choix éditorial qui mérite d’être interrogé.
Ce n’est pas une accusation de mauvaise volonté. C’est plutôt le constat d’un entre-soi qui se perpétue, probablement alimenté par les mêmes réseaux de casting, les mêmes critères implicites de « sympathie télévisuelle », et peut-être aussi par une certaine vision de ce que doit être une émission de téléréalité « premium ». Le terme ashkénazisme n’est pas utilisé comme une insulte — il décrit une réalité sociologique bien documentée dans les industries culturelles et médiatiques israéliennes, où certains profils culturels sont surreprésentés et d’autres systématiquement absents.
La saison en cours contient pourtant des éléments singuliers qui la distinguent des précédentes : un participant revenu du front, des discussions sur les relations ouvertes diffusées en prime-time, et selon des rumeurs persistantes, une candidate enceinte dont le dénouement sera révélé en cours de saison. Ces ingrédients font bien parler, et les audiences sont solides. Mais ils ne répondent pas à la question de fond posée par Segal-Albukrek : une émission populaire qui se nourrit de l’idée que l’amour peut surgir de n’importe quelle rencontre devrait peut-être commencer par élargir son périmètre de recrutement à une société qui, elle, est bien plus diverse que ce qu’on voit à l’écran.
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