Quelques heures à peine après que Donald Trump a officiellement signé le mémorandum d’entente avec l’Iran, l’armée israélienne a choisi d’agir avec une transparence inhabituelle : publier la carte précise de son déploiement dans le sud du Liban. Le message est clair — Tsahal n’a aucune intention de plier bagage.
La « zone de sécurité » affichée sans complexe
Selon la communication de l’armée israélienne en ce jeudi 18 juin, Tsahal est déployé dans une zone de sécurité d’environ 10 kilomètres à l’intérieur du territoire libanais. La formulation officielle est sans ambiguïté : « Conformément aux besoins opérationnels, Tsahal est déployé dans l’espace sécuritaire, à environ 10 km à l’intérieur du territoire libanais. » L’armée a précisé que les forces sur le terrain s’étaient établies dans leur zone d’activité au sud du Liban et poursuivent leur action afin d’éliminer les menaces et d’améliorer la protection des habitants du Nord.
Cette publication intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu. Le mémorandum signé entre Washington et Téhéran stipule explicitement l’arrêt immédiat et permanent des hostilités sur tous les fronts, y compris au Liban, et engage les deux signataires à garantir l’intégrité territoriale et la souveraineté du Liban. La présence continue de Tsahal à 10 kilomètres en territoire libanais constitue donc une source de friction potentielle avec les termes du mémorandum — et avec Téhéran, qui n’a cessé d’exiger un retrait israélien comme condition préalable à tout accord nucléaire définitif.
Jérusalem joue la montre
La publication de cette carte traduit une double stratégie. D’un côté, Jérusalem signale à Washington qu’elle ne considère pas l’accord actuel comme contraignant pour son activité militaire en cours au Liban. De l’autre, l’armée israélienne cherche à ancrer sa présence dans les faits avant que les négociations des soixante prochains jours ne puissent imposer un retrait.
Selon les informations relayées dans les médias israéliens, la vision dominante à Jérusalem consiste à espérer que l’accord de Trump avec l’Iran n’aboutisse pas à un accord final. L’hypothèse de travail en Israël est que ces soixante jours de négociation ne mèneront pas à une conclusion définitive. Le second postulat israélien est qu’il faut impérativement maintenir une emprise sur le terrain au Liban au moins jusqu’en novembre — date des élections de mi-mandat américaines. Ce calendrier ouvrirait selon cette analyse une nouvelle fenêtre d’opportunité, dans laquelle Israël pourrait reprendre l’initiative sur le dossier iranien.
Cette « zone sécuritaire » dans le sud du Liban n’est pas une nouveauté de la nuit dernière. Elle s’est constituée progressivement depuis que Tsahal a lancé ses opérations terrestres au Liban en octobre 2024. Après un retrait partiel en février 2025 jusqu’à la Ligne bleue, à l’exception de cinq positions stratégiques, l’armée israélienne a progressivement élargi sa présence à mesure que la guerre avec l’Iran prenait de l’ampleur. La carte en « ligne jaune » — calquée sur le modèle de la zone tampon à Gaza — s’étend sur toute la largeur du front nord, depuis la zone maritime jusqu’au Wadi Saluki, et remonte par endroits au-delà du Litani.
Un dispositif qui coûte cher
Ce maintien de la présence militaire israélienne au sud du Liban a un prix. Le sous-officier de réserve Alexandre Filine, 29 ans, de Haïfa, est tombé mercredi soir dans cette même zone, près du Litani, victime d’un engin explosif posé par le Hezbollah — le premier soldat tué depuis la signature du mémorandum. Sept autres soldats ont été blessés dans la même attaque. Depuis l’annonce du cessez-le-feu en avril, dix-neuf soldats ont perdu la vie dans le sud du Liban.
Tsahal avait également fait face le même jour à deux attaques de drones piégés visant des blindés de la brigade Givati dans la région de Tibnit, blessant cinq soldats supplémentaires. L’armée a riposté avec de l’artillerie visant des infrastructures terroristes dans la zone.
La tension est donc loin d’être retombée depuis la signature du mémorandum — au contraire. Israël maintient sa posture offensive tout en évitant soigneusement d’en faire un acte déclaratoire susceptible de déclencher une réaction américaine. C’est le fil sur lequel marche Jérusalem : résister à la pression de Washington, maintenir ses positions sans se présenter comme celui qui sabote un accord de paix régional, et attendre que le temps et les contradictions internes au camp iranien fassent leur œuvre.
Pour aller plus loin sur le contexte de cette présence israélienne au Liban et la pression de Trump sur Netanyahou :
👉 Peu à peu, cela se révèle : le véritable plan du Hezbollah contre Israël
👉 Le jeu dangereux de Trump face à l’Iran – et quel est le lien avec Israël ?






