Mercredi dernier, les forces de sĂ©curitĂ© iraniennes ont arrĂŞtĂ© Ă leur domicile Human Jokar et Sepideh Kashani, deux militants Ă©cologistes reconnus, sortis il y a seulement deux ans d’une longue pĂ©riode d’emprisonnement. Ă€ leurs cĂ´tĂ©s a Ă©galement Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e Sima Kashani, la sĹ“ur de Sepideh, atteinte de sclĂ©rose en plaques, selon ce qu’a rapportĂ© hier (samedi) le New York Times.
Leur assistant juridique, Hojjat Kermani, a indiquĂ© au New York Times qu’Ă la date de jeudi dernier, moment oĂą les dĂ©tenus ont Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă Ă©changer brièvement avec leurs parents, aucune information n’avait Ă©tĂ© publiĂ©e concernant les charges retenues contre eux. Ces arrestations s’ajoutent aux donnĂ©es de l’organisation Amnesty International, qui indiquent que plus de 6 000 personnes ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es en Iran depuis le dĂ©clenchement de la guerre avec les États-Unis et IsraĂ«l, le 28 fĂ©vrier. Le gouvernement profite de la situation sĂ©curitaire pour accuser les manifestants de collaboration avec l’ennemi et intensifier le recours Ă la peine de mort.
Jokar a consacrĂ© une grande partie de sa vie Ă sauver la population de guĂ©pards asiatiques, une espèce menacĂ©e d’extinction en Iran, et lui et Kashani Ă©taient membres de la Fondation du patrimoine faunique persan, une organisation opĂ©rant depuis TĂ©hĂ©ran. Les deux avaient Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s une première fois en 2018 par la branche renseignement des Gardiens de la rĂ©volution, accusĂ©s d’espionnage — une accusation qu’ils ont fermement dĂ©mentie — et avaient passĂ© plus de six ans dans la tristement cĂ©lèbre prison d’Evin avant d’ĂŞtre libĂ©rĂ©s en 2024.
Le prix de la simple existence
Niloufar Bayani, une autre militante Ă©cologiste arrĂŞtĂ©e avec eux Ă l’Ă©poque, a racontĂ© cette semaine dans un entretien que depuis leur libĂ©ration, il avait Ă©tĂ© interdit aux militants de travailler en Iran. Ils n’avaient pris part Ă aucune activitĂ© environnementale, politique ou sociale, se concentrant uniquement sur la reconstruction de leur vie personnelle et le soin de membres malades de leur famille. Selon elle, leur nouvelle arrestation suscite une inquiĂ©tude profonde et envoie un message aux militants Ă©cologistes : leur simple existence et leur identitĂ© d’experts indĂ©pendants ne sont pas lĂ©gitimes aux yeux du rĂ©gime.
Le ministère iranien des Affaires Ă©trangères et les mĂ©dias officiels de l’État ont choisi d’ignorer l’Ă©vĂ©nement et n’ont pas rĂ©pondu aux sollicitations, bien que la nouvelle ait Ă©tĂ© couverte par certains mĂ©dias identifiĂ©s au courant rĂ©formiste iranien. La vague actuelle intervient après que des manifestations de masse en janvier dernier avaient secouĂ© le pays, rĂ©clamant la chute du rĂ©gime des ayatollahs, auxquelles le gouvernement avait rĂ©pondu avec une main de fer et des tirs ayant conduit Ă la mort de milliers de manifestants. Depuis, les autoritĂ©s ont intensifiĂ© le recours Ă la peine de mort, en particulier contre les participants aux manifestations, et ont arrĂŞtĂ© de nombreux militants des droits de l’homme sous couvert de la guerre contre les États-Unis et IsraĂ«l.
Le timing de cette vague d’arrestations n’est pas anodin. Les analystes expliquent que le gouvernement iranien tente de profiter des funĂ©railles d’Ali Khamenei pour crĂ©er une image trompeuse de large soutien populaire et de consensus national. Ceci malgrĂ© l’amertume publique grandissante face Ă la grave crise Ă©conomique et Ă la rĂ©pression politique Ă©touffante. Le prĂ©sident Massoud Pezeshkian a d’ailleurs appelĂ© cette semaine les Iraniens « de tout groupe ethnique, religion, prĂ©fĂ©rence et orientation politique » Ă participer en masse aux cĂ©rĂ©monies funĂ©raires publiques afin de dĂ©montrer l’unitĂ© du pays.
Ă€ l’inverse, les opposants au rĂ©gime dĂ©noncent le cynisme derrière ces appels. Siamak Namazi, citoyen amĂ©ricano-iranien restĂ© emprisonnĂ© en Iran pendant huit ans et ayant partagĂ© une cellule avec Jokar, s’en est pris au gouvernement sur les rĂ©seaux sociaux, Ă©crivant que la RĂ©publique islamique parle du besoin de « rĂ©conciliation nationale ». Namazi s’est interrogĂ© sur la cohĂ©rence entre cette rhĂ©torique et les actes du rĂ©gime, ajoutant : « Expliquez comment le fait d’arracher de chez eux deux des meilleures personnes d’Iran, ainsi qu’une femme atteinte de sclĂ©rose en plaques qui s’occupait de son père en convalescence, sans accusation officielle, sans transparence et sans procĂ©dure judiciaire rĂ©gulière — puisse ĂŞtre de la rĂ©conciliation. »
Sur des sujets liĂ©s Ă la rĂ©pression en Iran, on peut Ă©galement lire notre article sur deux infirmières torturĂ©es et violĂ©es pour avoir soignĂ© des manifestants blessĂ©s Ă TĂ©hĂ©ran, ainsi que notre article sur l’exĂ©cution d’un champion de karatĂ© et d’un entraĂ®neur pour avoir participĂ© aux manifestations.






