L’analyste palestinien révèle : « Le Hamas n’a pas évalué correctement la réaction d’Israël »

Dans une interview qui a suscité l’attention, l’analyste palestinien Dr Ahmed al-Hila a livré ce qui ressemble à une reconnaissance implicite, mais cinglante, des erreurs de calcul commises par la direction du Hamas avant et pendant la guerre déclenchée le 7 octobre. Le débat tournait autour d’une question centrale : Yahya Sinwar s’est-il trompé, et le prix humain payé par la bande de Gaza était-il en réalité prévisible ?

« La nature de l’action n’a pas été correctement évaluée »

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L’entretien s’ouvre sur une question directe du journaliste Hassan a-Dar, qui rappelle un discours du secrétaire général du Hezbollah : « Le chahid Hassan Nasrallah avait dit : « Si j’avais su que la réponse à l’enlèvement des deux soldats serait d’une telle ampleur, sur le plan humain, moral et national, je n’aurais pas mené cette opération. » Si le chahid Sinwar et Mohammed Deif devaient prendre cette décision aujourd’hui, penses-tu qu’ils diraient la même chose ? »

La réponse du Dr al-Hila offre un aperçu de ce qui semble être une reconnaissance interne du désastre que le Hamas a fait subir à la bande de Gaza : « Regarde, ce qui s’est passé… Peut-être que maintenant, si j’avais… disons, si j’avais eu accès à l’invisible, à l’avenir, peut-être aurait-on évité certaines choses et agi différemment… En toute logique, je dirais que… il est possible que la nature de l’action n’ait pas été correctement évaluée quant à ses conséquences. »

Le piège de la « décision existentielle » : le Hamas sans les outils pour un tel affrontement

Poursuivant son analyse, le Dr al-Hila explique que le Hamas a entraîné la région vers un terrain de jeu qui la dépasse largement, elle et ses alliés, à plusieurs égards. Selon lui, le 7 octobre a fait basculer le conflit d’une logique de « gestion de crise » vers une « décision existentielle » — un basculement qui, selon lui, a finalement joué en faveur d’Israël et pris de court l’axe de la résistance : « Elle a fait passer le conflit de la gestion à la décision… et tu comprends bien… l’environnement palestinien et arabe, et même l’axe de la résistance, n’ont ni les outils, ni les capacités, ni le bon moment, ni un environnement mondial permettant d’atteindre une décision existentielle ! »

Le Dr al-Hila souligne que l’estimation initiale était que l’opération mènerait à un nouveau round bref de « gestion du conflit », mais que la puissance et la brutalité de l’attaque ont contraint Israël à briser ce cadre : « Si cela était resté dans le cadre d’une gestion, il aurait été possible que le Déluge d’Al-Aqsa [le 7 octobre] génère une action et une réaction d’un mois, deux mois, et que le combat s’arrête… Les choses seraient plus ou moins revenues à leur état antérieur… Mais cela ne s’est pas concrétisé… Israël s’est dirigé vers une décision existentielle, et y pense encore. »

La grande erreur, selon lui, a été l’incompréhension du fait que cette fois, les règles du jeu avaient complètement changé : « Je dis que si le sujet était resté dans le contexte de la « gestion du conflit », la campagne n’aurait pas duré deux ans ! Mais Israël, dans sa transition, a pris une décision de recherche d’une décision existentielle, et c’est pour cela que la campagne s’est prolongée. »

« Le système international s’effondre, mais Israël a échoué à trancher »

Poursuivant l’entretien, le Dr al-Hila analyse la position des pays occidentaux et déconstruit l’illusion arabe selon laquelle l’Europe ou les États-Unis auraient changé leur position fondamentale envers Israël.

Il souligne que la pression occidentale sur Jérusalem découle uniquement d’intérêts internes et de l’incapacité de Tsahal à mettre fin rapidement à la campagne : « Au début, le système occidental était avec Israël, et il l’est toujours [avec Israël] ! Mais il a été contraint, sous la pression de l’opinion publique, de prendre des mesures qui exercent une pression sur Israël… Je te le dis, si Israël avait tranché — tout le système occidental l’aurait salué ! »

Le Dr al-Hila s’en prend vivement à l’obstination israélienne et à la direction politique actuelle : « Israël perd du terrain dans la région à cause de son obstination, et de son extrémisme… théologique ! Ceux qui gouvernent aujourd’hui sont différents de ceux qui gouvernaient Israël auparavant — les libéraux ! Ceux-là viennent d’une dimension théologique, dont une partie consiste en une décision face aux Arabes, pas seulement face aux Palestiniens ! »

En conclusion, le Dr al-Hila évoque l’impasse dans laquelle se trouverait Tsahal, selon lui, après deux ans de combats : « Il y a eu un débat houleux entre le chef d’état-major et le gouvernement israélien… L’armée israélienne… aurait besoin d’environ une troisième année… C’est pourquoi le sentiment mondial que face à l’échec d’Israël à parvenir à une décision existentielle a poussé le monde à s’arrêter et à dire à Israël : « Ça suffit ! » »

Sur ce sujet, notre rédaction avait déjà évoqué l’erreur d’évaluation du Mossad avant le 7 octobre, ainsi que la démarche d’Israël auprès du Qatar à la veille de l’attaque pour augmenter le transfert de fonds vers le Hamas.