N’ouvrez pas le champagne : l’inflation baisse peut-ĂŞtre, mais le marchĂ© immobilier fonce vers un point de rupture inquiĂ©tant

Les chiffres officiels du marchĂ© immobilier israĂ©lien ne reflètent pas toute l’ampleur de la baisse des prix, en raison d’avantages dissimulĂ©s accordĂ©s par les promoteurs. C’est le constat que dressent plusieurs experts du secteur, qui mettent en garde les acheteurs souhaitant amĂ©liorer leur logement contre les risques de financement liĂ©s aux transactions Ă  long terme, tout en recommandant de planifier leur crĂ©dit hypothĂ©caire bien Ă  l’avance.

Le prix officiel ne bouge pas, la remise se cache dans les à-côtés

Israel Hai - Toute l actualite israelienne en une seule application gratuite

PlutĂ´t que de baisser le prix affichĂ© d’un appartement, les entreprises de construction prĂ©fèrent aujourd’hui accorder des avantages dont la valeur Ă©conomique est considĂ©rable : Ă©chĂ©anciers de paiement du type 20/80 ou 15/85, prise en charge du loyer, logement gratuit pendant une certaine pĂ©riode, cuisine haut de gamme, paiement de la taxe foncière et bien d’autres compensations. Selon l’experte Forman, il s’agit parfois d’avantages qu’il aurait Ă©tĂ© impossible d’imaginer il y a cinq ans Ă  peine.

D’après elle, la valeur cumulĂ©e de ces avantages peut atteindre plusieurs centaines de milliers de shekels, sans pour autant se traduire dans les indices de prix officiels. Ainsi, mĂŞme lorsque le prix affichĂ© d’un appartement reste proche du prix du marchĂ©, la transaction rĂ©elle peut s’avĂ©rer bien plus avantageuse pour l’acheteur qu’il n’y paraĂ®t. Forman estime qu’il faut distinguer nettement le marchĂ© du neuf de celui de la seconde main : dans le premier cas, les promoteurs ont la capacitĂ© d’offrir du financement, des reports de paiement et des avantages annexes, tandis qu’un vendeur particulier cherchant Ă  cĂ©der un bien d’occasion doit gĂ©nĂ©ralement se montrer flexible directement sur le prix.

Selon elle, la baisse rĂ©elle des prix pourrait ĂŞtre bien plus importante que ce que montrent les statistiques officielles. Cet Ă©cart entre le neuf et l’occasion s’explique notamment par la capacitĂ© des promoteurs Ă  maintenir le prix affichĂ©, alors que la vĂ©ritable remise est accordĂ©e en pĂ©riphĂ©rie de la transaction.

Les acheteurs qui améliorent leur logement gagnent du temps

L’un des moteurs centraux du marchĂ© actuel reste les acheteurs cherchant Ă  amĂ©liorer leur logement. Le seuil d’entrĂ©e dans une transaction demeure Ă©levĂ©, les acquĂ©reurs devant apporter un capital personnel consĂ©quent — gĂ©nĂ©ralement au moins 25 % du prix du bien. Plus l’Ă©cart entre les prix de l’immobilier et les salaires se creuse, plus cet obstacle devient difficile Ă  franchir.

Ceux qui n’ont pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de programmes gouvernementaux tels que « Mehir Lamishtaken » ou « Mehir Matara » doivent rĂ©unir une mise de fonds initiale Ă©levĂ©e, ce qui explique qu’une part importante de l’activitĂ© du marchĂ© provienne aujourd’hui de propriĂ©taires souhaitant se hisser vers un logement supĂ©rieur.

Mais un acheteur qui amĂ©liore son logement ne se prĂ©cipite pas toujours pour vendre son bien actuel en pĂ©riode de marchĂ© faible. Il peut au contraire acquĂ©rir un appartement neuf auprès d’un promoteur, qui ne lui sera livrĂ© que dans trois ou quatre ans. Il bĂ©nĂ©ficie ainsi d’un dĂ©lai relativement long pour continuer Ă  habiter son logement actuel, accumuler davantage de capital et tenter de vendre son bien existant dans de meilleures conditions. De leur cĂ´tĂ©, les promoteurs lui offrent cette marge de manĹ“uvre en reportant l’essentiel du paiement jusqu’Ă  la date de livraison, en proposant un financement Ă  conditions prĂ©fĂ©rentielles et, parfois, en participant au loyer ou Ă  d’autres frais.

Les transactions 20/80 arrivent Ă  l’Ă©preuve du rĂ©el

L’expert Kobersky met en garde : les transactions du type 20/80 et 90/10 signĂ©es ces dernières annĂ©es arrivent aujourd’hui Ă  leur moment de vĂ©ritĂ©. Les acheteurs ayant versĂ© une faible somme au moment de la signature doivent dĂ©sormais s’acquitter du solde de la transaction, parfois via un crĂ©dit hypothĂ©caire bien plus coĂ»teux que celui qu’ils avaient anticipĂ©. Il s’agit, prĂ©cise-t-il, d’appartements vendus il y a dĂ©jĂ  trois ans. Selon lui, les acheteurs se prĂ©sentent aujourd’hui dans les banques, demandent un crĂ©dit et dĂ©couvrent que le taux d’intĂ©rĂŞt est Ă©levĂ©, alors que la valeur du bien acquis n’a pas forcĂ©ment augmentĂ©, et a parfois mĂŞme baissĂ©.

Cet Ă©cart peut crĂ©er une situation de dĂ©tresse : l’acheteur s’est dĂ©jĂ  engagĂ© pour le nouveau logement, mais n’a pas encore vendu son bien actuel. Ă€ mesure que la date de livraison approche, sa marge de manĹ“uvre se rĂ©duit, et il peut se retrouver contraint de baisser significativement le prix de son ancien logement. Kobersky souligne que l’achat d’un appartement reste une transaction très chargĂ©e Ă©motionnellement : on entre dans un logement, on s’y attache, et dès cet instant on commence Ă  s’y projeter comme dans sa future maison. C’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison, selon lui, qu’il est essentiel de prendre du recul et d’examiner l’aspect purement Ă©conomique de l’opĂ©ration.

« Libérer une petite somme du crédit hypothécaire »

Forman pointe un autre risque dans les transactions oĂą l’essentiel du paiement n’intervient qu’après plusieurs annĂ©es. MĂŞme si l’acheteur remplit aujourd’hui les conditions exigĂ©es par la banque, personne ne peut prĂ©dire Ă  quoi ressembleront ses revenus au moment de la livraison du bien.

En trois ans, de nombreux changements peuvent survenir : un licenciement, une baisse de revenus, un problème de santĂ© ou tout autre Ă©vĂ©nement personnel susceptible d’affecter la capacitĂ© Ă  obtenir un crĂ©dit hypothĂ©caire. Un acheteur ayant supposĂ© pouvoir obtenir un financement dans le futur pourrait dĂ©couvrir que la banque refuse de lui accorder la somme nĂ©cessaire. Ă€ cela s’ajoute l’indexation sur l’indice des coĂ»ts de construction : mĂŞme après la modification de la loi limitant la part du prix pouvant ĂŞtre indexĂ©e, les acheteurs risquent encore de voir s’ajouter des dizaines, voire des centaines de milliers de shekels supplĂ©mentaires s’ils ne l’ont pas anticipĂ©.

Le conseil principal de Forman aux acheteurs achetant sur plan auprès d’un promoteur est de ne pas attendre la veille de la livraison pour finaliser l’intĂ©gralitĂ© de leur crĂ©dit hypothĂ©caire. Selon elle, il est possible d’obtenir un accord de principe et de libĂ©rer par anticipation une petite somme — par exemple entre 50 000 et 100 000 shekels. Cette dĂ©marche implique certes un remboursement mensuel de quelques centaines de shekels, mais elle offre Ă  l’acheteur une certaine certitude et prouve que le crĂ©dit a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© validĂ© et mis en route. Une fois le crĂ©dit engagĂ© et une somme libĂ©rĂ©e, prĂ©cise-t-elle, la banque ne recommence pas l’intĂ©gralitĂ© du processus depuis le dĂ©but. Elle souligne toutefois qu’il n’est pas nĂ©cessaire de retirer immĂ©diatement la totalitĂ© du crĂ©dit : un retrait par Ă©tapes permet de libĂ©rer d’abord une petite somme, puis de retirer le solde en fonction de l’Ă©chĂ©ancier des paiements, tout en bĂ©nĂ©ficiant des taux d’intĂ©rĂŞt disponibles Ă  ce moment-lĂ .

Selon elle, l’intĂ©rĂŞt de cette dĂ©marche ne rĂ©side pas dans une tentative de figer les marges ou de profiter d’une future baisse des taux, mais avant tout de protĂ©ger la capacitĂ© mĂŞme de finaliser la transaction : personne ne sait ce qui se passera dans les trois prochaines annĂ©es, et il est essentiel de sĂ©curiser dès maintenant sa capacitĂ© Ă  financer son logement.

Sur ce mĂŞme sujet, retrouvez Ă©galement nos articles sur les prĂ©visions des grandes banques israĂ©liennes sur les prix des appartements et sur les quartiers les plus recherchĂ©s d’IsraĂ«l et leurs prix rĂ©els.