Qui sont les «juifs messianiques»?
Je voudrais faire une sĂ©rie dĂ©taillĂ©e sur l’identitĂ© de ces groupes, le rĂ©sultat de près de vingt ans de travail Ă participer Ă des litiges relatifs Ă ces questions enchevĂŞtrĂ©es de l’identitĂ© juive.
La première chose Ă dire est que les Juifs messianiques ne sont pas juifs, ou d’origine personnelle, ou de l’origine socio-historique, ou par croyance.
Les «juifs messianiques » se prĂ©sentent comme «juifs qui reconnaissent Yehoshua comme le Messie» ou «Juifs qui suivent le Machia’h Yehoshua».
Les croyances des Juifs messianiques
Aucun des soi-disant «rabbins messianiques» n’est un vĂ©ritable diplĂ´mĂ© d’une yeshiva. Leurs pseudo-yeshivot sont, des sĂ©minaires protestants. MĂŞme beaucoup de leur «rabbins» sont des pasteurs qui, Ă un moment donnĂ© dans leur ministère, se sont convaincus qu’ils ont le droit de se considĂ©rer comme juifs après quelques cours de « mise Ă jour » oĂą ils sont passĂ©s de pasteurs Ă rabbins.
Ă€ ce jour, le mouvement messianique n’a aucune croyance unifiĂ©e. Par exemple, ses dirigeants sont en dĂ©saccord sur la circoncision. Certains pensent qu’elle doit ĂŞtre pratiquĂ©e. Pour d’autres, ce qui importe est la «circoncision du cĹ“ur» et par consĂ©quent, il n’est pas nĂ©cessaire de le faire physiquement. La grande majoritĂ© des Juifs messianiques rejettent la nĂ©cessitĂ© d’une Halacha, suivant l’idĂ©e du Nouveau Testament que le disciple du Messie Yehoshua est dĂ©jĂ libĂ©rĂ© du «joug de la loi»; une autre idĂ©e qui n’a pas de consensus quant Ă la nature du Messie.
Est-ce que vos croyances sont juives ? Non, pas vraiment. Le concept du Messie et le concept de Torah sont à cent pour cent chrétiens.
Origine du JudaĂŻsme Messianique.
Le mouvement «messianique» est apparu spontanĂ©ment, partant du judaĂŻsme sur le thème de JĂ©sus de Nazareth reconsidĂ©ré et, par consĂ©quent, l’accepte comme le Messie. Ce mouvement prend sa source dans l’Église d’Angleterre (anglicane ou Ă©piscopale), l’une des principales tendances du protestantisme europĂ©en.
Leurs antĂ©cĂ©dents sont les doctrines de l’anglo-israĂ©lisme (British Israelism, en anglais), une tendance idĂ©ologique qui a commencĂ© Ă se consolider dans le dix-huitième siècle, entre les XIXe et XXe siècles, et qui a nourri les tendances hĂ©tĂ©rodoxes de protestantisme anglo-saxon.
Ce que je veux dire par là ? A cette époque, le protestantisme traversait une phase qui passait en revue toutes les religions et définissait les limites de croyances possibles. Et cela est possible seulement quand un groupe dissident apparaît avec une nouvelle proposition, alors que les autres groupes réagissent en disant quelque chose comme, «Ah, non !»
Les croyances anglo-IsraĂ«listes du XVIIIe siècle, affirmaient que les Anglo-Saxons Ă©taient les descendants directs d’une tribu perdue d’Israel. Au XIXe siècle, cette idĂ©e a atteint sa forme classique grâce au thĂ©ologien Edward Hine, prĂ´nant que les Britanniques sont les descendants de la tribu d’Efraim. Ce n’est pas une idĂ©e qui arrive par hasard sur un plan sociologique : Ă cette Ă©poque, l’Angleterre Ă©tait en train de devenir la plus grande puissance coloniale dans le monde, et une grande partie de sa thĂ©ologie tendait Ă dĂ©montrer qu’elle Ă©tait dĂ©signĂ©e pour « corriger le christianisme ».
Le point culminant de cette thĂ©ologie a justifiĂ© l’expansion coloniale anglaise et proposĂ© que les Anglais fassent physiquement partie d’IsraĂ«l et, par consĂ©quent, les promesses faites concrètement par Dieu Ă IsraĂ«l Ă©tait devenues le patrimoine des anglais.
Il suffit de revoir quelques phrases d’Anthem, Ă©crit par Edward Blake et la musique par Hubert Parry, et encore l’hymne national britannique: «… jusqu’Ă ce qu’ils reconstruisent JĂ©rusalem, dans les champs verts de l’Angleterre…»
Cette croyance a conduit Ă une rupture avec le protestantisme traditionnel. Ce ne fut pas une doctrine officielle, mais des croyances fondamentales des Églises comme l’Église anglicane, presbytĂ©rienne, mĂ©thodiste ou luthĂ©rienne (grandes dĂ©nominations protestantes). Cependant, quand les anglo-israĂ©listes sont venus aux États-Unis, ils ont commencĂ© Ă gĂ©nĂ©rer des positions de plus en plus radicales.
Ainsi, en 1838, un jeune illuminĂ© presbytĂ©rien a commencĂ© Ă publier ses expĂ©riences mystiques dans un journal. Ce fut le dĂ©but de ce que nous savons maintenant de l’Église mormone :  Joseph Smith, le fondateur, est allĂ© trop loin dans ses tentatives de «renouveler» la foi chrĂ©tienne, et a commencĂ© Ă prĂŞcher qu’il avait reçu une nouvelle addition Ă la «rĂ©vĂ©lation Ă©crite» : le Livre de Mormon, la continuitĂ© du Nouveau Testament «s’est vraiment inspiré». Unanimement, les traditionalistes des Églises protestantes ont rejetĂ© les doctrines de Joseph Smith, le mormonisme et sont restĂ©s en dehors du spectre des Ă©glises identifiĂ©es avec le protestantisme.
Les idĂ©es anglo-IsraĂ©listes ont jouĂ© un rĂ´le important dans la prĂ©paration du mormonisme : selon cette Ă©glise, les peuples autochtones amĂ©ricains sont des descendants directs de deux patriarches juifs – Lamán et NĂ©phite, qui ont fui JĂ©rusalem pendant le siège de Babylone (vers 600 avant notre ère), et qui ont atteint une «nouvelle Terre Promise», situĂ©e dans ce que sont aujourd’hui, les États-Unis. C’est lĂ encore une fois l’idĂ©e qu’une nation protestante anglo-saxonne fait partie d’IsraĂ«l et, par consĂ©quent, devient l’hĂ©ritière des promesses que Dieu a fait dans la Bible au peuple juif.
Quelques annĂ©es plus tard, un prĂ©dicateur mĂ©thodiste William Miller a conclu (grâce Ă sa recherche judicieuse) que JĂ©sus-Christ reviendra sur Terre en 1843. Face Ă l’Ă©chec, il est devenu dĂ©pressif et se retira de ses activitĂ©s de prĂ©dictions.
Curieusement, ses disciples déçus ont trouvĂ© deux façons de se rĂ©organiser (Ă la fois dans leurs idĂ©es et dans leurs habitudes religieuses), et il y a deux nouveaux berceaux protestants qui ont Ă©mergĂ©. Les TĂ©moins de J. et les Adventistes du septième jour. Les premiers ont Ă©tĂ© rejetĂ©s par d’autres Ă©glises protestantes parce qu’ils niaient la divinitĂ© de JĂ©sus-Christ et l’existence de l’Au-delĂ . Les seconds, parce qu’ils ont refusĂ© de continuer Ă se rencontrer le dimanche, en faisant valoir que D.ieu avait ordonnĂ© Ă IsraĂ«l de garder le sabbat comme un jour saint.
L’anglo-israĂ©lisme a eu une forte influence sur ces deux ruptures idĂ©ologiques, parce que l’une de ses idĂ©es fondamentales est le retour forcĂ© de JĂ©sus-Christ et l’exigence de la conversion des Juifs. Et tous ces mouvements ont pris en charge la restauration de la «vraie foi» qui implique Ă©galement que la conversion du peuple juif Ă©tait imminente.
Il est intĂ©ressant de voir comment ces trois dissidences du protestantisme ont explorĂ© une ligne d’Anglo-israĂ©lisme. Les trois groupes ont la conviction que le retour de JĂ©sus-Christ est imminent. MĂŞme le nom officiel du mormonisme est l’Église de JĂ©sus-Christ des Saints des Derniers Jours. Le mormonisme a pris une autre importance particulière : l’idĂ©e que les tribus perdues d’IsraĂ«l sont Ă l’origine ultime des nations traditionnellement perçues comme «gentils». Les tĂ©moins de J. ont rĂ©cupĂ©rĂ© un autre profil Ă l’accent judaĂŻque Ă©vident et nient que l’ĂŞtre humain puisse ĂŞtre lui-mĂŞme D.ieu, essayant ainsi de retrouver un vĂ©ritable monothĂ©isme. Pendant ce temps, les adventistes Ă©taient sur le cĂ´tĂ© pour «restaurer» le vrai jour pour adorer Dieu : Samedi (Ă ce jour, tous les samedis ils se rencontrent, mais en aucun cas utilisent les coutumes juives, leurs habitudes liturgiques Ă©tant gĂ©nĂ©ralement Protestantes).
L’Alliance des HĂ©breux-chrĂ©tiens de la Grande-Bretagne (1867) :
En mĂŞme temps que ces dĂ©saccords se prĂ©paraient, il se consolide aux États-Unis, et en Angleterre,  une nouvelle forme de communautĂ© anglo-juive. Ce groupe Ă©tait composĂ© de membres de l’Église d’Angleterre avec une certaine origine juive (convertit au christianisme ou avec des enfants ou des petits-enfants d’un Juif convertit, habituellement dans l’Église anglicane). Naturellement, ce groupe a Ă©veillĂ© les soupçons et la gĂŞne de certains leaders chrĂ©tiens, et donc s’est systĂ©matiquement consacrĂ© Ă prĂ©ciser qu’il n’avait pas l’intention d’abandonner le christianisme, mais, au contraire de chercher Ă se constituer en ARMÉE MISSIONNAIRE de l’Église chrĂ©tienne pour atteindre la conversion des Juifs (pour ĂŞtre tous ensemble pour le retour de JĂ©sus-Christ).
En consĂ©quence, l’alliance hĂ©breu et chrĂ©tien a prospĂ©rĂ© et est restĂ©e dans l’Église d’Angleterre. Cependant, aux États-Unis, il y a une autre histoire : inĂ©vitablement sur les traces de l’hĂ©tĂ©rodoxie qui avait dĂ©jĂ rompu avec le protestantisme traditionnel, l’Alliance judĂ©o-chrĂ©tienne d’AmĂ©rique (fondĂ©e en 1915) tente Ă devenir la première Alliance judĂ©o-messianiques en 1925.
Comme dans l’alliance entre hĂ©breu et chrĂ©tien en Grande-Bretagne, ce mouvement a Ă©tĂ© essentiellement composĂ© de quelques Juifs convertis au christianisme, et d’autres enfants ou petits-enfants de Juifs convertis. Il est intĂ©ressant de noter que ceux qui sont nĂ©s Juifs avaient en gĂ©nĂ©ral bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une formation religieuse très prĂ©caire, voire nulle.
Pendant près d’un demi-siècle, le mouvement judĂ©o-messianique est passĂ© inaperçu. Loin d’une Ă©mancipation du christianisme pour renforcer son identitĂ© juive supposĂ©e, ils se sont comportĂ©s comme des protestants discrets avec une tendance Ă©vangĂ©lique, et la plupart de ses membres frĂ©quentaient les Églises baptistes, mĂ©thodistes, presbytĂ©riens, congrĂ©gationaliste ou pentecĂ´tistes.
La situation ne vint Ă changer jusqu’aux annĂ©es 70, sous la direction de Moshe Rosen et Martin Chernoff (un autre couple de Juifs avec une formation religieuse très limitĂ©e, qui, dans leur jeunesse, se sont convertis au christianisme).
Chaque stratĂ©gie a Ă©tĂ© portĂ©e à «revivre» le mouvement messianique. L’idĂ©e de Rosen Ă©tait totalement chrĂ©tienne. Il a fondĂ© un groupe qui est supposĂ© ĂŞtre parfaitement Ă©vangĂ©lique et protestant, mais il croit que les Juifs peuvent ĂŞtre convaincus par les protestants portant des Kaftans, barbes, chapeaux et papillotes. Et qui est ce groupe de Juifs pour JĂ©sus ?
 L’idĂ©e fondamentale de Rosen Ă©tait que les Juifs devaient ĂŞtre Ă l’aise avec l’idĂ©e que le Messie est Yehoshua sans se sentir obligĂ©s Ă renoncer Ă leur identitĂ©, et ainsi il a conçu une Ă©glise protestante oĂą les gens se dĂ©guisent en tant que Juifs.
Chernoff voulait revenir Ă l’idĂ©e originale qui a gĂ©nĂ©rĂ© le mouvement judĂ©o-messianique en 1925 : Ă©manciper le  christianisme et renforcer l’identitĂ© juive. L’utilisation de la musique («louange davidique», ainsi qu’il l’a nommĂ©e) fut leur principal outil de promotion, de leadership et a créé un vĂ©ritable boom au cours des deux prochaines dĂ©cennies, des centaines de nouvelles «synagogues messianiques» se sont ouvertes.
Cependant, déjà dans les années 90, les Juifs messianiques ont connu une crise grave : leurs «synagogues» ne sont pas construites par des Juifs qui avaient cru au Messie Yehoshua, mais par les chrétiens. La conséquence est que, contrairement au plan initial, les «synagogues messianiques» étaient comme tout autre église protestante ou église évangélique.
Juste au cas oĂą il y avait des Juifs dans ces groupe, ils n’Ă©taient pas considĂ©rĂ©s halachiquement comme des juifs (bien qu’enfants ou petits-enfants de Juifs, mais pas par la lignĂ©e maternelle). Par consĂ©quent, ils ont Ă©tĂ© incapables d’apporter une certaine «identitĂ© juive» au mouvement.
Dans les annĂ©es 90, deux thĂ©ologiens messianiques ont essayĂ© de reformuler les orientations du mouvement sans grand succès : David Stern et John Secada. Ă€ ce jour, ils sont toujours dans l’impossibilitĂ© d’Ă©manciper le christianisme et les leaders messianiques qui interagissent constamment avec les dirigeants protestants, tout en maintenant une distance absolue, inconciliable avec le vrai judaĂŻsme.
Livres électroniques sur le Judaïsme Messianique.
À la suite de près de deux décennies dans ce travail anti-missionnaire, je suis sur le point de commencer la publication de sept livres qui analysent en détail le phénomène des «Juifs qui suivent le Messie Yehoshua» et les croyances.
Dans la première partie, j’explore en dĂ©tail les caractĂ©ristiques de l’Anglo-israĂ©lisme, l’origine du mouvement messianique. La deuxième partie analyse plus en dĂ©tail ses principales croyances, montrant l’incompatibilitĂ© totale avec la Torah et le vrai judaĂŻsme.
Dans un premier temps, les livres seront publiĂ©s sous forme de livres numĂ©riques tĂ©lĂ©chargeables Ă partir du site Web de l’Ă©diteur, Ă un prix de 2,99 $ USD, et la publication sera notifiĂ©e sur enlacejudĂo.com.





