Ce lundi matin, Ă plusieurs centaines de kilomètres des cĂ´tes israĂ©liennes, dans des eaux internationales au large de Chypre, la marine israĂ©lienne a entamĂ© l’opĂ©ration d’arraisonnement du convoi « Sumoud mondial ». Les bâtiments avaient quittĂ© jeudi dernier le port de Marmaris, sur la cĂ´te turque. La scène se dĂ©roule en direct : les activistes Ă bord transmettent les images sur les rĂ©seaux sociaux, en flux continu, depuis une partie des embarcations. L’opĂ©ration suit le mĂŞme schĂ©ma que lors du convoi prĂ©cĂ©dent : les personnes arrĂŞtĂ©es seront transfĂ©rĂ©es vers un navire faisant office de prison flottante, avant d’ĂŞtre acheminĂ©es vers le port d’Ashdod.
Quelques minutes avant le dĂ©but de l’opĂ©ration, le ministère israĂ©lien des Affaires Ă©trangères a publiĂ© un communiquĂ© sans ambiguĂŻtĂ©. « Encore une fois, une provocation pour le principe de la provocation », y lit-on. « IsraĂ«l appelle tous les participants Ă cette provocation Ă changer de cap et Ă faire demi-tour immĂ©diatement. » Le communiquĂ© prĂ©cise aussi l’identitĂ© des organisateurs : deux groupes turcs qualifiĂ©s de violents — « Mavi Marmara » et IHH, ce dernier Ă©tant officiellement classĂ© comme organisation terroriste par IsraĂ«l. Selon le ministère, l’objectif de l’opĂ©ration est de « servir le Hamas, dĂ©tourner l’attention de son refus de dĂ©poser les armes et bloquer les progrès du plan de paix du prĂ©sident Trump ». La conclusion est sans appel : « IsraĂ«l n’autorisera aucune violation du blocus maritime lĂ©gal sur Gaza. »
La prĂ©sence d’IHH n’est pas un dĂ©tail anodin. C’est cette mĂŞme organisation qui avait organisĂ© en 2010 la tristement cĂ©lèbre expĂ©dition du Mavi Marmara, qui s’Ă©tait soldĂ©e par la mort de neuf militants turcs lors de l’intervention de la marine israĂ©lienne et par une grave crise diplomatique avec Ankara. L’histoire ne se rĂ©pète pas Ă l’identique, mais les acteurs sont les mĂŞmes. Des sources militaires israĂ©liennes avaient anticipĂ© la difficultĂ© : « Nous savons qu’une rĂ©sistance Ă l’arraisonnement est prĂ©visible, et qu’il pourrait y avoir usage d’armes blanches. » Ce matin, un responsable sĂ©curitaire a confirmĂ© Ă Ynet : « Nos combattants sont prĂŞts Ă tous les scĂ©narios. »
Ce convoi n’est pas tombĂ© du ciel. IsraĂ«l avait Ĺ“uvrĂ© sur le plan diplomatique pour en empĂŞcher le dĂ©part depuis la Turquie — sans succès. Les États-Unis avaient eux aussi contactĂ© Ankara pour lui demander de bloquer l’appareillage. Washington non plus n’a pas Ă©tĂ© entendu. C’est la mesure du dĂ©fi diplomatique que reprĂ©sente ce type d’initiative : organisĂ©e depuis un pays souverain, avec des participants de nombreuses nationalitĂ©s, elle place IsraĂ«l et ses alliĂ©s devant des contraintes juridiques et politiques que la seule action navale ne peut rĂ©soudre.
Le prĂ©cĂ©dent immĂ©diat remonte au mois dernier. La marine avait stoppĂ© le convoi « Printemps 2026 » non loin de la Crète. Quelques heures après l’arraisonnement, le ministre des Affaires Ă©trangères Guideone Sa’ar avait annoncĂ© que tous les participants seraient relâchĂ©s sur l’Ă®le grecque. Mais le lendemain, la dĂ©cision avait Ă©tĂ© rĂ©visĂ©e pour deux d’entre eux : Saif Abu Qashq, un Palestinien rĂ©sidant en Espagne, et Thiago Avila, citoyen brĂ©silien, avaient Ă©tĂ© ramenĂ©s en IsraĂ«l pour interrogatoire en raison de leur « implication dans le terrorisme ». Après leur expulsion, les deux hommes avaient pris l’avion directement pour la Turquie et s’Ă©taient embarquĂ©s sur le nouveau convoi. La rĂ©ponse israĂ©lienne a changĂ© de registre : « Cette fois, nous ne les relâcherons pas aussi vite. »
La diffusion en direct par les activistes de leur propre arraisonnement illustre la dimension mĂ©diatique centrale de ces opĂ©rations. Le convoi « Sumoud » n’est pas qu’une expĂ©dition maritime — c’est une production en temps rĂ©el destinĂ©e Ă alimenter les rĂ©seaux sociaux et les chaĂ®nes d’information d’images fortes, quelle que soit l’issue. IsraĂ«l le sait, et la question de la gestion de l’image est aussi prĂ©sente dans les salles de commandement que la question tactique elle-mĂŞme. Toute violence, mĂŞme dĂ©fensive, se retrouvera dans la seconde suivante sur les Ă©crans du monde entier.
Au fond, la rĂ©pĂ©tition de ces convois dans un intervalle aussi court — deux en quelques semaines — traduit une stratĂ©gie dĂ©libĂ©rĂ©e d’usure et de saturation mĂ©diatique. Pour IsraĂ«l, chaque arraisonnement rĂ©ussi consolide la lĂ©galitĂ© du blocus maritime et sa capacitĂ© Ă le faire respecter. Pour les organisateurs, chaque tentative, qu’elle rĂ©ussisse ou Ă©choue, produit des images, mobilise des soutiens et maintient la pression internationale.
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