La nuit du 17 au 18 mai 2026 restera gravée dans les mémoires de Jdeideh-Makhour comme l’une des plus sombres de son histoire récente. Soheil Malhem, chef du conseil municipal, et son adjoint Obeid Obeid ont été touchés par balles alors que rien ne laissait présager une telle issue. Deux hommes élus pour servir leur communauté, pris pour cibles par des assaillants toujours en fuite au moment où ces lignes sont écrites. L’un, âgé de 49 ans, a été transporté au Centre médical de Galilée à Nahariya dans un état qualifié de moyen. L’autre, la cinquantaine, a été évacué dans un état grave, conscient mais atteint de blessures par balles sévères à différentes parties du corps. C’est le Magen David Adom qui a livré ces détails, rapportant que l’alerte avait été déclenchée à 00h21 au centre d’urgences 101.
La réaction du président de l’État, Yitzhak Herzog, a été immédiate et d’une gravité inhabituelle. « J’ai été bouleversé d’apprendre la tentative d’assassinat cette nuit contre le chef du conseil local de Jdeideh-Makhour, Soheil Malhem, et son adjoint Obeid Obeid », a-t-il déclaré lundi matin. Herzog n’a pas usé de formules diplomatiques creuses : il a parlé d’ »événement grave et ébranlant », mais surtout d’ »une menace stratégique pour l’État d’Israël ». Cette formulation, dans la bouche d’un chef d’État, dépasse largement la condamnation de circonstance. Elle place la criminalité dans la société arabe au rang des défis existentiels du pays — au même titre que les menaces extérieures.
Ce qui rend cet épisode encore plus lourd de sens, c’est la confidence qu’a livrée Herzog : il avait lui-même échangé avec Soheil Malhem quelques mois plus tôt. Le chef du conseil lui avait alors fait part des menaces qui pesaient sur lui et sur ses collègues. Une conversation prémonitoire, que le président cite aujourd’hui pour illustrer l’impuissance de ceux qui, sur le terrain, tentent de faire barrage aux organisations criminelles. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : des élus locaux arabes exposés, quasi sans protection, à une pression criminelle qui n’hésite plus à franchir le pas de l’élimination physique.
La police a ouvert une enquête et lancé une chasse à l’homme contre les suspects. Mais cette enquête s’inscrit dans un tableau bien plus large, celui d’une violence endémique qui ensanglante les localités arabes d’Israël depuis des années. Quasi chaque jour, des victimes tombent — tirs dans les rues, règlements de comptes, exécutions commanditées. La société arabe israélienne paie un tribut humain considérable à une criminalité organisée qui s’est structurée en véritable contre-pouvoir, au point de menacer ceux qui exercent légitimement une fonction publique.
Haim Bibas, président du Centre du gouvernement local, a lui aussi élevé la voix avec une netteté tranchante. « Cet événement est un franchissement de ligne rouge », a-t-il affirmé, avant de rappeler un fait accablant : il ne s’agit pas d’un cas isolé. « C’est la deuxième fois en peu de temps qu’un chef d’une autorité locale en Israël est visé par des criminels — et c’est inacceptable. » La répétition du phénomène est précisément ce qui alarme. Une chose est de constater la violence dans la rue. Une autre est de voir des représentants élus, figures de l’espace démocratique local, pris pour cibles de manière systématique.
Bibas a été plus loin encore dans ses exigences. Il a appelé le Premier ministre à déployer immédiatement le Shin Beth pour épauler la police dans la lutte contre les organisations criminelles arabes, ajoutant sans ambiguïté que ces organisations « fonctionnent comme des organisations terroristes à tous égards ». La formulation est forte, délibérément. Elle vise à débloquer des moyens d’une nature différente — les instruments habituellement réservés à la contre-insurrection — pour faire face à ce qui ressemble de plus en plus à un État dans l’État, armé, financé et structuré pour durer.
Le cas de Jdeideh-Makhour n’est pas celui d’une ville isolée au bout du monde. C’est une localité du nord d’Israël, avec ses habitants, ses enfants, ses écoles, ses commerçants — et désormais ses élus que l’on ose abattre dans la nuit. Pour Bibas, la réponse doit être « d’une main ferme, immédiate et sans compromis », afin d’élucider l’affaire et de traduire les responsables en justice. Il a conclu en adressant ses vœux de prompt rétablissement à Soheil Malhem et à Obeid Obeid, et en assurant de son soutien les familles et les habitants du village.
Ce double attentat — car c’en est un, qu’on l’appelle tentative d’assassinat ou autre chose — pose avec brutalité la question de la capacité de l’État à garantir la sécurité de ses représentants élus, y compris dans les secteurs de la population qui se sentent depuis longtemps abandonnés par les institutions. La violence dans la société arabe n’est pas une fatalité culturelle, comme certains l’insinuent à tort : c’est le résultat d’années de sous-investissement sécuritaire, d’un marché des armes illicites qui prospère dans l’impunité, et d’organisations criminelles qui ont eu le temps de s’enraciner profondément. Quand un président de l’État parle de « menace stratégique », il ne fait pas que condamner — il reconnaît, peut-être tardivement, l’ampleur d’une faillite collective.
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