France : « L’Iran pourrait disposer d’armes nuclĂ©aires dans un ou deux ans »

Les dirigeants europĂ©ens luttent pour rĂ©duire les tensions entre les États-Unis et l’Iran, craignant que la sortie de l’Iran de l’accord sur le nuclĂ©aire puisse signifier une catastrophe mondiale.

Vendredi, l’Europe cherchera des moyens d’Ă©loigner les États-Unis et l’Iran d’un conflit ouvert, sachant qu’une erreur de calcul de l’une ou l’autre partie pourrait laisser le bloc face Ă  une guerre et Ă  une grave crise de prolifĂ©ration nuclĂ©aire Ă  ses portes.

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Lors d’une rare rĂ©union d’urgence, les ministres des Affaires Ă©trangères de l’UE, qui seront rejoints par le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’OTAN, Jens Stoltenberg, peuvent Ă©viter toute rĂ©ponse diplomatique sĂ©vère pour l’instant après que Washington et TĂ©hĂ©ran se soient retirĂ©s d’une conflagration après l’Ă©limination  d’un gĂ©nĂ©ral iranien en Irak par les États-Unis et des attaques de missiles en reprĂ©sailles de l’Iran sans pertes militaires.

 » La volontĂ© de l’Iran d’empĂŞcher l’intensification de la crise nous a apportĂ© du temps, cela a pour effet de la calmer un peu « , a dĂ©clarĂ© Ă  Reuters un diplomate europĂ©en de haut rang.

Mais le ministre français des Affaires Ă©trangères Jean-Yves Le Drian a averti avant la rĂ©union de l’après-midi que l’Iran pourrait avoir une arme nuclĂ©aire dans un ou deux ans si le pays rompait complètement avec un accord de confinement nuclĂ©aire conclu avec les puissances mondiales en 2015.

 » S’ils continuent de dĂ©mĂŞler l’accord de Vienne, alors oui, dans un dĂ©lai assez court, entre un et deux ans, ils pourraient avoir accès Ă  une arme nuclĂ©aire, ce qui n’est pas une option « , a dĂ©clarĂ© Le Drian sur la radio RTL.

L’Iran a progressivement Ă©cartĂ© les limites de l’accord sur son enrichissement d’uranium pour le combustible nuclĂ©aire depuis que le prĂ©sident Donald Trump a retirĂ© les États-Unis de l’accord en 2018, exigeant des restrictions plus strictes sur l’Iran.

L’Iran a dĂ©clarĂ© que ses mesures pour s’Ă©loigner de l’accord Ă©taient rĂ©versibles si Washington y revenait et levait les sanctions paralysantes qui ont Ă©tranglĂ© une grande partie du commerce pĂ©trolier vital de TĂ©hĂ©ran.

Les tensions au ralenti ont mis en Ă©vidence les luttes de l’Europe pour influencer les deux parties et jouer un rĂ´le de mĂ©diateur avec les puissances europĂ©ennes, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne qui tentent dĂ©sespĂ©rĂ©ment de faire pression sur l’Iran pour qu’il adhère au pacte nuclĂ©aire.

Ils veulent Ă©galement convaincre Trump, qui leur a demandĂ© mercredi de se joindre Ă  lui pour se retirer de l’accord nuclĂ©aire, qu’ils sont des alliĂ©s solides qui ne seront pas trompĂ©s par TĂ©hĂ©ran.

Jeudi soir, le plus haut diplomate de l’UE, Josep Borrell, s’est entretenu par tĂ©lĂ©phone avec le secrĂ©taire d’État amĂ©ricain Mike Pompeo.

« Nous devons coordonner et maximiser l’effet que tout le monde a en essayant de rĂ©duire l’ampleur de ce que font les Iraniens, mais c’est la mĂŞme chose pour les AmĂ©ricains. Ce qui inquiète le plus, c’est une erreur de calcul », a expliquĂ© une source diplomatique française.

VIOLATIONS NUCLÉAIRES
La dĂ©cision de l’Iran lundi d’Ă©liminer toutes les restrictions d’enrichissement a Ă©galement laissĂ© les puissances europĂ©ennes dans une position dĂ©licate.

L’Iran a niĂ© Ă  plusieurs reprises que son programme nuclĂ©aire avait des fins militaires plutĂ´t que civiles. Mais il a dĂ©jĂ  enfreint de nombreuses restrictions de l’accord visant Ă  augmenter le temps nĂ©cessaire Ă  TĂ©hĂ©ran pour accumuler suffisamment de matières fissiles pour une bombe atomique de deux Ă  trois mois Ă  environ un an.

Les dernières annonces pourraient commencer Ă  rĂ©duire ce dĂ©lai et les trois puissances europĂ©ennes, qui, avec la Russie et la Chine ont tentĂ© de sauver l’accord depuis le retrait de Trump, souhaitent envoyer un message ferme selon lequel les violations sont inacceptables.

Ils ont acceptĂ© d’entamer un processus de règlement des diffĂ©rends dans le cadre de l’accord de 2015 qui pourrait conduire Ă  de nouvelles sanctions de l’ONU contre TĂ©hĂ©ran, mais ils ont doutĂ© du moment de peur que l’Iran rĂ©agisse mal, compte tenu de sa confrontation actuelle avec Washington.

MalgrĂ© ses mouvements, l’Iran a dĂ©clarĂ© que l’agence de contrĂ´le nuclĂ©aire des Nations Unies, l’AIEA, pouvait poursuivre ses inspections sur place sur ses sites atomiques, laissant une marge de manĹ“uvre Ă  la diplomatie.

« L’ Iran n’a pas fixĂ© d’objectifs ni de dĂ©lais pour les objectifs d’enrichissement d’uranium, ce qui nous laisse du temps « , a dĂ©clarĂ© un deuxième diplomate de l’UE.

Un troisième diplomate de l’UE a dĂ©clarĂ© que la dĂ©cision d’ouvrir le processus avait Ă©tĂ© prise, mais vendredi Ă©tait peu probable.

 » On craint que cela ne déclenche une escalade iranienne « , a déclaré un diplomate européen.