Le maire de New York Zohran Mamdani a publiĂ© vendredi, Ă quelques minutes de l’entrĂ©e du Chabbat, une vidĂ©o en quatre minutes produite par la mairie pour commĂ©morer le « Jour de la Nakba » — une première pour un maire de la ville. La vidĂ©o met en scène une rĂ©sidente new-yorkaise prĂ©nommĂ©e Inea, prĂ©sentĂ©e sous le nom d’Inea Bushnaq et dĂ©crite comme « une New-Yorkaise et une survivante de la Nakba ». Elle raconte avoir fui son domicile parce que « les sionistes entraient dans JĂ©rusalem », et explique la symbolique de la clĂ© dans la culture palestinienne du droit au retour.
Ce qui a immĂ©diatement alertĂ© plusieurs observateurs, c’est son nom de famille. Bushnaq — orthographiĂ© aussi Bushnak, Boshnak ou Bouchnak — n’est pas un patronyme arabe ordinaire. En arabe, il signifie littĂ©ralement « Bosnien » ou « Bosniaque ». Une recherche rapide sur les origines de ce nom rĂ©vèle ce qu’une source citĂ©e dans l’article du Maariv rĂ©sume ainsi : il s’agit de la descendante d’immigrants qui sont arrivĂ©s d’Europe Ă l’Ă©poque ottomane.
Qui sont les Bushnaq ?
L’histoire est documentĂ©e. Ă€ la fin du XIXe siècle, l’Empire austro-hongrois a occupĂ© la Bosnie-HerzĂ©govine en 1878. Des centaines de familles musulmanes bosniaques, craignant de vivre sous autoritĂ© chrĂ©tienne, ont alors quittĂ© la Bosnie pour s’installer dans d’autres territoires de l’Empire ottoman — dont la Palestine. Une partie d’entre elles s’est Ă©tablie Ă Qisarya (CĂ©sarĂ©e), Ă Yanoun, Ă Naplouse et Ă Tulkarem. Ces immigrants slaves, qui parlaient le serbo-croate, ont adoptĂ© en masse le nom commun « Bushnaq » pour attester de leurs origines. Au fil des gĂ©nĂ©rations, ils se sont progressivement assimilĂ©s Ă la population arabe environnante.
L’article du Maariv souligne Ă©galement un extrait d’une Ă©tude sur les Bushnaq de Jordanie, qui prĂ©cise que ces familles ont longtemps fait des efforts considĂ©rables pour prĂ©server leur hĂ©ritage — y compris en Ă©vitant les mariages hors de la communautĂ© et en organisant des voyages en Bosnie pour trouver des Ă©pouses. Aujourd’hui, les familles Bushnaq en Jordanie sont pleinement intĂ©grĂ©es dans la sociĂ©tĂ©, et leur apparence europĂ©enne est souvent le seul trait distinctif qui subsiste.
En d’autres termes : Inea Bushnaq est la descendante de rĂ©fugiĂ©s europĂ©ens qui ont fui l’Europe Ă la fin du XIXe siècle pour s’installer en Palestine. Elle n’est pas « palestinienne » dans le sens ethno-historique revendiquĂ© par la vidĂ©o — sa famille est arrivĂ©e en Palestine bien après les populations arabes autochtones, et avant les grandes vagues d’immigration juive du XXe siècle. C’est Mamdani qui a prĂ©sentĂ© cette femme comme le symbole de la mĂ©moire palestinienne.
Mamdani et Israël : une hostilité documentée
Zohran Mamdani, Ă©lu maire de New York en novembre 2025, est le premier Ă©dile de la ville Ă commĂ©morer publiquement la Nakba. Antisioniste dĂ©clarĂ©, il avait commencĂ© sa carrière politique au sein des Democratic Socialists of America en raison de son militantisme pro-palestinien, et avait affirmĂ© lors d’une confĂ©rence en 2021 soutenir la stratĂ©gie BDS (boycott, dĂ©sinvestissement, sanctions) contre IsraĂ«l. Lors de sa campagne, il avait Ă©galement dĂ©clarĂ© qu’il envisagerait d’arrĂŞter Netanyahu si celui-ci entrait Ă New York alors qu’il Ă©tait maire. Il a refusĂ© de dĂ©filer lors de la grande parade annuelle de la communautĂ© juive, Israel Day on Fifth, prĂ©vue fin mai.
La vidĂ©o du Jour de la Nakba, produite par les services de la mairie, ne mentionnait ni les massacres de Juifs perpetrĂ©s lors de la guerre d’IndĂ©pendance, ni le rejet par les États arabes du plan de partage de l’ONU, ni les 850 000 Juifs expulsĂ©s des pays arabes au mĂŞme moment. L’UJA-Federation of New York a rĂ©pondu en soulignant que « les rĂ©fugiĂ©s dont vous parlez existent parce que 22 États arabes ont lancĂ© une guerre pour dĂ©truire IsraĂ«l » et qu’« 800 000 Juifs ont Ă©tĂ© expulsĂ©s de pays arabes — votre message n’en dit mot ». La fĂ©dĂ©ration a Ă©galement relevĂ© la publication dĂ©libĂ©rĂ©e du post Ă 17h40 le vendredi, peu avant l’entrĂ©e du Chabbat.
La rĂ©ponse d’IsraĂ«l
Le ministère des Affaires Ă©trangères israĂ©lien a rĂ©agi samedi Ă la vidĂ©o partagĂ©e par Mamdani en ces termes : « La Nakba a Ă©tĂ© la consĂ©quence du rejet par les Arabes du plan de partage de l’ONU et de la dĂ©cision de lancer une guerre pour dĂ©truire l’État d’IsraĂ«l. On ne peut pas commencer une guerre en jurant ouvertement de « jeter les Juifs Ă la mer », puis prĂ©tendre ĂŞtre victime du conflit qu’on a dĂ©clenchĂ©. Les vraies victimes oubliĂ©es sont les 850 000 rĂ©fugiĂ©s juifs expulsĂ©s des pays arabes Ă la mĂŞme Ă©poque. »
Pour aller plus loin sur les enjeux autour de la Nakba et de Mamdani :
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