La fracture à l’intérieur de la coalition gouvernementale israélienne s’est de nouveau exposée publiquement, cette fois autour d’un sujet en apparence technique mais aux implications profondes : l’annulation de la réforme de la cacheroute initiée par l’ancien ministre des Services religieux Matan Kahana, aujourd’hui membre du parti « Yashar ! ». Lors d’une séance houleuse de la commission des entreprises publiques de la Knesset, présidée par le député Ohad Tal (Sionisme religieux), les représentants du gouvernement et les membres de la Knesset se sont affrontés sur une question centrale que personne, visiblement, ne veut trancher : quel sera le coût économique pour les entreprises et les consommateurs si le monopole de la cacheroute revient entièrement au Rabbinat ?
La réforme conçue par Kahana visait précisément à briser ce monopole en ouvrant le marché de la certification casher à la concurrence, en permettant à des organismes privés d’octroyer les précieuses attestations aux établissements. L’actuel gouvernement et sa coalition souhaitent revenir en arrière et rendre au Rabbinat son contrôle exclusif.
« Un trou noir qui aspire tout le débat »
C’est Yoël Bris, président de l’Autorité de régulation, qui a déclenché les hostilités en s’en prenant directement au ministère des Services religieux. Face au directeur général du ministère, Yehouda Avidan, il a posé la question qui visiblement dérange : pourquoi le ministère n’examine-t-il pas les conséquences économiques de ce retour au monopole rabbinique ? « Quand on parle du coût de la vie, le nerf de la guerre c’est la nourriture et le logement. La nourriture est ici sur la table et il faut savoir quelles en seront les répercussions sur les prix alimentaires. »
Bris n’a pas mâché ses mots : « Vous témoignez que le coût pour les entreprises ne vous intéresse pas et que vous ne l’étudierez pas. Nous avons un problème — qui va protéger ces entreprises ? Intégrez le coût pour les entreprises, le coût de la vie, et la capacité d’importer. » Il a ensuite élargi sa critique à l’ensemble de la documentation produite par le ministère : « Il y a ici un trou noir qui aspire tout le débat, et je ne sais pas comment avancer sans aborder cela. Dans tout ce qu’a écrit le ministère des Services religieux concernant la réforme de la cacheroute, il n’y a pas une ligne — zéro, aucune référence — aux entreprises et aux consommateurs. Ni du point de vue du maintien de la cacheroute, ni du point de vue du coût de la vie. Et la concurrence n’y figure pas non plus. »
La réponse d’Avidan — directeur général nommé à la confiance de Shass — a été d’une sécheresse cassante : « Je vous suggère, en tant que haut fonctionnaire du gouvernement, de respecter votre rôle et de dire ces choses devant le gouvernement, pas devant la Knesset. »
Gafni pour l’unité, Ailuz contre le socialisme
L’échange entre hauts fonctionnaires a vite contaminé les bancs parlementaires, révélant les lignes de fracture à l’intérieur même de la coalition. Le député Moshe Gafni (Judaïsme de la Torah) a tenté de calmer le jeu en appelant à l’unité : « Il est important que sur ce sujet, nous soyons au moins ensemble. » Et lançant un clin d’œil appuyé aux bancs de l’opposition : « Il est possible que si nous avions été ensemble dans la même coalition, nous aurions parlé le même langage. »
C’est le député Dan Ailuz (Likoud) qui a apporté la note la plus piquante à la séance. S’adressant directement à ses alliés ultra-orthodoxes, dont Gafni et Mikhaël Malkiéli, il a déclaré sans détour : « Plusieurs remarques que j’ai entendues ici m’ont profondément irrité. Il y a des prémisses fondamentales erronées, comme si ce que fait l’État est plus efficace et moins corrompu. C’est simplement une vision socialiste. Partout où nous avons essayé de voir ce qui fonctionne mieux — la gestion de l’État ou du marché privé — le marché privé s’avère plus efficace et moins cher. » Il a terminé en envoyant une pointe au président de la commission lui-même : « Justement les membres de la Knesset qui t’ont posé des problèmes avec la réforme du lait veulent maintenant faire avancer en commission une réforme anti-concurrentielle. Avançons ensemble sur les deux fronts. »
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