C’est l’image d’un Premier ministre Ă bout de nerfs qu’a offerte le tribunal de district de Tel-Aviv lors du dernier jour du contre-interrogatoire de Benjamin Netanyahou dans son procès pour corruption, fraude et abus de confiance. MalgrĂ© les demandes rĂ©pĂ©tĂ©es de la dĂ©fense pour raccourcir la sĂ©ance — rejetĂ©es la veille par les juges — le rythme Ă l’intĂ©rieur de la salle d’audience a Ă©tĂ© vertigineux, et les tensions ont atteint des sommets rarements vus depuis le dĂ©but de ce procès historique.
Au cĹ“ur de la tempĂŞte : le dossier 2000, consacrĂ© aux Ă©changes entre Netanyahou et l’Ă©diteur du quotidien Yedioth Aharonoth, Arnon (Noni) Mozes. La thèse de l’accusation est que les deux hommes avaient nĂ©gociĂ© un accord implicite : une couverture favorable dans le journal contre des mesures lĂ©gislatives nuisant au concurrent IsraĂ«l Hayom. Netanyahou, lui, a toujours prĂ©sentĂ© les choses autrement — des contacts politiques ordinaires, une tactique pour gagner du temps face Ă un adversaire puissant.
« Une infraction que vous avez inventée »
Dès l’ouverture de la sĂ©ance, Netanyahou a pris l’offensive. Rappelant que le vice-conseiller juridique du gouvernement de l’Ă©poque, Raz Nazri, avait lui-mĂŞme doutĂ© qu’il y ait matière Ă infraction dans cette affaire, le Premier ministre a lancĂ© : « Je devais savoir qu’il y a ici une infraction ? MĂŞme Rubi Rivlin a Ă©tĂ© choquĂ© par cette prĂ©tention. Qui a jamais pensĂ© que les relations rĂ©ciproques entre un politicien et les mĂ©dias constituaient une infraction pĂ©nale ? C’est quelque chose que vous avez inventĂ©. Vous essayez de crĂ©er ici une infraction rĂ©troactive. »
Quand les juges l’ont interrogĂ© sur ce qu’il entendait par les « menaces » ou la « pression » exercĂ©es par Mozes, Netanyahou a rĂ©pondu que ce type de pression fait partie de la pratique journalistique ordinaire : « On vous donne de bonnes couvertures ou on vous menace — c’est la pratique de tous les journalistes. »
La salle explose : « Terreur, État policier, Stasi ! »
Le moment de bascule est venu quand le procureur Yonathan Tadmor a prĂ©sentĂ© ce que la dĂ©fense appelait une « version changeante » : lors de sa dĂ©position au tribunal, Netanyahou avait prĂ©sentĂ© les contacts avec Mozes comme une stratĂ©gie pour gagner du temps en vue d’une vente du journal ou d’un assouplissement de la loi. Mais dans ses dĂ©clarations Ă la police, des enregistrements que Tadmor a lus Ă voix haute, Netanyahou parlait de « gagner du temps » avant les Ă©lections, de « mener une guerre froide », d’employer la devise « keep your friends close and your enemies closer ». Le procureur a pointĂ© la contradiction : dans un cas, Netanyahou disait ne pas se soucier de la couverture mĂ©diatique ; dans les enregistrements, il en faisait une prioritĂ©.
Quand Tadmor a ensuite suggĂ©rĂ© que les enregistrements que Netanyahou avait rĂ©alisĂ©s avec Mozes n’avaient pas Ă©tĂ© rendus publics Ă l’Ă©poque parce que Netanyahou comprenait lui-mĂŞme qu’une transaction potentiellement illĂ©gale s’y trouvait, le Premier ministre a explosĂ© : « Vous collectionnez des cibles ! Vous allez passer le reste de vos vies au tribunal ! Personne ne m’a traitĂ© comme vous m’avez traitĂ© ! Vous avez mis tout le monde dans votre rĂ©seau d’intimidation et de terreur ! Tous ceux Ă qui je parle me disent : ‘Qu’est-ce que c’est que ça, un État policier ? La Stasi ?’ Ce que vous avez fait ici, c’est vouloir la tĂŞte de Netanyahou — vous n’avez rien pris ! Ce qu’il y a ici, c’est une persĂ©cution politique comme dans un État policier ! »
Le pont vers le dossier 4000
Une fois les esprits un peu calmĂ©s, la procureure Yehoudit Tirosh a repris la main pour tenter de relier les dossiers 2000 et 4000 — ce dernier portant sur les relations entre Netanyahou et le propriĂ©taire de Bezeq, Shaul Alovitch, en Ă©change d’une couverture favorable sur le site Walla. « Dans le dossier 2000, tu dis vouloir baisser le niveau des flammes. Et dans le dossier 4000 — tu as agi de la mĂŞme façon face aux Ă©diteurs Ă cause de la couverture », a-t-elle argumentĂ©. Netanyahou a catĂ©goriquement rejetĂ© le rapprochement, insistant sur le fait que dans le cas de Mozes, il s’agissait d’une lutte politique de survie face Ă une menace concrète — une rĂ©alitĂ© sans commune mesure avec l’autre dossier.
Avec la fin de ce contre-interrogatoire, le procès entre dans sa dernière ligne droite pour la phase de l’audition des tĂ©moins : les avocats des co-accusĂ©s — Mozes et Alovitch — passeront Ă leur tour, puis la dĂ©fense de Netanyahou pourra conduire sa contre-interrogation. Si les audiences se dĂ©roulent comme prĂ©vu, le tĂ©moignage de Netanyahou devrait s’achever dans une Ă deux semaines.
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