Mort horrible d’une survivante de l’Holocauste Ă  Marioupol

Wanda Semyonovna Ovidkova, 91 ans, a rĂ©ussi Ă  survivre Ă  la Seconde Guerre mondiale, mais n’a pas survĂ©cu Ă  la guerre en Ukraine.

Yedioth Ahronoth a rapportĂ© la triste histoire d’une survivante de l’Holocauste dĂ©cĂ©dĂ©e dans un sous-sol de la ville ukrainienne de Marioupol, oĂą elle s’est cachĂ©e des bombes russes et est morte de faim.

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Sa fille, Larissa, qui habitait avec elle, raconta au rabbin de la ville de Marioupol les derniers jours de la mère. « Elle souffrait d’un rhume et d’une faim intense. Elle ne pouvait pas se doucher ni se changer. Tout ce dont elle avait rĂŞvĂ© au cours des deux dernières semaines, c’Ă©tait de boire de l’eau. »

« La fille Larissa a vu la mort lente de Wanda et nous a racontĂ© en larmes tous les dĂ©tails. C’est dĂ©chirant », a dĂ©clarĂ© le rabbin Mendel Cohen, rabbin de Marioupol, la ville bombardĂ©e qui est devenue un symbole de la guerre en Ukraine. « 

« Tout Marioupol est devenu un cimetière »
DĂ©but mars, avec le dĂ©but des bombardements, la famille a emmĂ©nagĂ© dans le sous-sol d’un magasin voisin. La seule aide qu’ils ont reçue tout au long de la pĂ©riode est venue de la synagogue et du centre communautaire du rabbin Cohen. « Il n’y avait ni eau, ni Ă©lectricitĂ©, ni chauffage, et il faisait un froid insupportable », raconte Larissa. « Nous ne pouvions rien faire pour elle. Nous vivions comme des animaux. »

Larissa a dĂ©clarĂ© que deux tireurs d’Ă©lite ont Ă©tabli des positions près des sources d’eau les plus proches, rendant tout voyage lĂ -bas très dangereux – en plus des bombardements aĂ©riens. « Chaque fois qu’une bombe tombait, tout le bâtiment tremblait », a-t-elle dĂ©clarĂ©. « Ma mère n’arrĂŞtait pas de dire qu’elle ne se souvenait de rien de tel, pas mĂŞme pendant la Seconde Guerre mondiale. »

La survivante de l’Holocauste n’a mĂŞme pas reçu d’enterrement convenable, en raison des bombardements ukrainiens. « Elle a Ă©tĂ© enterrĂ©e Ă  la hâte, sous le feu, dans un parc près de la maison. Quand elle le pourra, la fille a l’intention de retourner Ă  Marioupol et de l’enterrer de manière ordonnĂ©e dans un cimetière », a dĂ©clarĂ© le rabbin de Marioupol.

Enfant, Oviedkova a rĂ©ussi Ă  survivre longtemps dans le sous-sol de la mĂŞme ville. Ă€ l’âge de 10 ans, les nazis ont occupĂ© la ville et emmenĂ© ses parents, mais elle a Ă©chappĂ© Ă  la mort et s’est cachĂ©e dans le sous-sol. Elle a ensuite Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e par les Allemands, mais les membres de sa famille ont pu prouver qu’elle Ă©tait une citoyenne Ă©trangère.

Wanda Semyonovna Ovidkova avec ses parents, avant la guerre

Le 20 octobre 1941, les Allemands ont exĂ©cutĂ© entre 9 000 et 16 000 Juifs dans des canaux Ă  la pĂ©riphĂ©rie de Marioupol, dont la mère d’Ovidkova et toute sa famille. La petite fille a ensuite Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e, mais des membres de la famille sont venus et ont convaincu les nazis qu’elle Ă©tait grecque. Elle est finalement arrivĂ©e Ă  l’hĂ´pital, oĂą elle est restĂ©e jusqu’Ă  la libĂ©ration de Marioupol en 1943.

« Tout Marioupol est devenu un cimetière », a déclaré le rabbin Mendel Cohen, directeur de la Maison Habad et rabbin de la ville portuaire ukrainienne, qui est bombardée sans arrêt ces jours-ci.

Ces dernières semaines, le rabbin Mendel Cohen a reçu pas moins de 1 840 demandes d’expulsion de familles juives et de personnes bĂ©nĂ©ficiant de la loi du retour. « Il n’y a aucune communication dans la ville », a-t-il dĂ©clarĂ©. « MĂŞme ceux qui sortent – il n’y a pas de communication avec eux. Ils sont filtrĂ©s par les Russes et il faut du temps pour entrer en contact. Je sais qu’au moins 500 familles sont dĂ©jĂ  parties. Le reste, on ne sait pas oĂą ils se trouvent, et nous nous inquiĂ©tons du sort de chacun. »

Le rabbin Mendel Cohen a en outre dĂ©clarĂ© que toute la communautĂ© juive de Marioupol Ă©tait en deuil. Ovidkova Ă©tait connue de tous et Ă©tait un symbole de ceux qui ont survĂ©cu Ă  l’occupation nazie de Marioupol en 1943-1941. « Elle se cachait dans des sous-sols et des fouilles Ă  l’Ă©poque parce que les nazis avaient tirĂ© sur sa famille. Qui aurait cru que 80 ans après, Wanda mourrait de faim dans un sous-sol Ă  Marioupol. » Il a dit : « C’Ă©tait une personne brillante et gentille, qui restera Ă  jamais dans notre mĂ©moire et dans nos cĹ“urs. Toutes ces annĂ©es, elle a toujours racontĂ© l’histoire de son Holocauste, et son tĂ©moignage Ă©tait effrayant. »