Photographier les raffineries de Haïfa et des sites militaires : une mere de 4 enfants soupçonnée d’espionnage pour l’Iran

Elle ne ressemble pas à l’image que l’on se fait d’un agent des services de renseignement. Shumou Abu Abed est une citoyenne israélienne ordinaire, habitante de Nazareth. Et pourtant, depuis le mois d’octobre dernier, elle photographiait des bases militaires et les raffineries de Haïfa pour le compte d’un opérateur iranien, en échange de quelques centaines de dollars versés sur un portefeuille numérique. L’affaire, révélée après son arrestation en mars, illustre avec une précision glaçante l’ampleur de la pénétration iranienne au cœur de la société civile israélienne.

Une mission qui a commencé en octobre

Dans le cadre d’une opération conjointe du Shin Bet et de l’unité centrale du district Nord de la police israélienne, Shumou Abu Abed, citoyenne israélienne habitante de Nazareth, a été arrêtée au cours du mois de mars dernier, soupçonnée d’avoir commis des infractions à la sécurité nationale en lien avec une entité d’un État ennemi, en accomplissant des missions sous sa direction, contre rémunération.

L’enquête a révélé que depuis le mois d’octobre dernier, elle entretenait un contact avec une entité étrangère et avait accompli pour son compte un grand nombre de missions, notamment des missions de photographie liées à des sites sécuritaires en Israël, des bases militaires et les raffineries de Haïfa, ainsi que la transmission d’informations concernant un citoyen israélien — un ancien membre de l’appareil sécuritaire.

Elle savait. Et elle a continué.

Ce qui rend ce dossier particulièrement troublant, c’est le détail que l’enquête a mis en lumière sur l’état d’esprit de la suspecte tout au long de sa collaboration : l’enquête a établi que Shumou avait accompli ces missions malgré le fait qu’elle avait soupçonné dès les premières étapes du contact qu’elle était manipulée par un élément iranien.

Elle n’a donc pas été abusée par une couverture habile. Elle a su — ou fortement suspecté — qu’elle travaillait pour Téhéran. Et elle a poursuivi quand même.

Elle a reçu son paiement via un portefeuille numérique que les enquêteurs ont réussi à localiser et à saisir, récupérant ainsi les centaines de dollars qu’elle avait perçus pour les missions accomplies. Des centaines de dollars — pas des milliers, pas des dizaines de milliers. Le prix d’une trahison qui aurait pu coûter des vies.

Un acte d’accusation et une demande de détention

À l’issue de la phase d’enquête la semaine dernière, un acte d’accusation a été déposé contre Shumou, accompagné d’une demande de maintien en détention jusqu’à la fin de la procédure judiciaire, devant le tribunal de district de Nof HaGalil-Nazareth.

Une vague qui s’amplifie

L’affaire Shumou Abu Abed n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans une tendance documentée et préoccupante. Ces dernières années, et en particulier depuis l’opération « Lion Cub », on constate une intensification notable des efforts des services de renseignement iraniens pour recruter et activer des citoyens israéliens sur le territoire d’Israël.

Le Shin Bet et la police israélienne renouvellent leur mise en garde aux citoyens et résidents de l’État d’Israël contre le fait d’entretenir des contacts avec des entités étrangères d’États ennemis ou des éléments non identifiés, et d’accomplir des missions pour leur compte contre rémunération ou pour toute autre raison. Ils soulignent qu’en plus du grave préjudice à la sécurité nationale, ceux qui s’impliquent dans cette activité s’exposent à des poursuites pénales et à de lourdes sanctions.

Ce qui se dessine dans cette succession d’affaires, c’est une stratégie iranienne cohérente : ne pas recruter des agents idéologiquement convaincus, mais des gens ordinaires, motivés par l’argent, parfois même conscients de ce qu’ils font mais qui calculent que le risque est acceptable. Des citoyens de Nazareth, de Tibériade, de Haïfa — des noms de villes israéliennes qui reviennent régulièrement dans les actes d’accusation pour espionnage au profit de Téhéran. L’Iran n’a pas besoin d’infiltrer l’armée : il lui suffit de photographier les raffineries depuis la rue.

Pour aller plus loin, retrouvez sur infos-israel.news : Scandale d’espionnage israélien pour l’Iran : ces femmes ont montré que notre société peut être pénétrée et Un couple de Raanana soupçonné d’espionnage pour le compte de l’Iran.

 


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