Sous les radars et contre toutes les promesses : la menace Hezbollah n’a pas disparu

Il y a quelques mois, les dĂ©clarations officielles israeliennes Ă©taient catĂ©goriques : le Hezbollah avait Ă©tĂ© frappĂ© Ă  un point de non-retour. La menace sur le nord avait Ă©tĂ© « substantiellement rĂ©duite ». Environ 80% du parc de roquettes et de missiles de l’organisation avait Ă©tĂ© dĂ©truit. Les habitants pouvaient rentrer chez eux. Le pire Ă©tait derrière eux.

Sauf que le pire, Ă  en croire la rĂ©alitĂ© du terrain en ce mois d’avril 2026, n’Ă©tait pas derrière eux du tout.

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L’analyste militaire Avi Ashkenazi, correspondant de sĂ©curitĂ© pour Maariv, dĂ©crit avec une prĂ©cision sèche ce que personne dans les instances officielles ne semble pressĂ© d’admettre : une opĂ©ration dangereuse du Hezbollah est passĂ©e entièrement sous les radars publics et israĂ©liens — et si elle avait abouti, elle aurait pu dĂ©clencher une vĂ©ritable invasion du territoire israĂ©lien. Ce n’est pas une hypothèse d’Ă©cole. C’est ce que rĂ©vèle la dĂ©couverte des deux tunnels gĂ©ants de Kantra, dont la conception et l’Ă©quipement trahissaient une ambition opĂ©rationnelle que les promesses officielles avaient jugĂ©e anĂ©antie.

Le pari que le Hezbollah avait perdu — ou presque

Depuis la conclusion des combats de novembre 2024 et la mise en place d’un cessez-le-feu fragile, l’organisation chiite n’est pas restĂ©e immobile. Sous la surface, Ă  l’abri des radars et de l’attention mĂ©diatique, elle a continuĂ© Ă  rĂ©organiser ses structures de commandement, Ă  acheminer des fonds et des armements, Ă  former de nouveaux combattants. Le rythme de la reconstitution n’a pas suivi celui des destructions — et le dĂ©calage entre ce que les dirigeants israĂ©liens annonçaient et ce qui se passait rĂ©ellement au Liban s’est creusĂ©, en silence, pendant des mois. Le moment oĂą cet Ă©cart est devenu visible au grand public a coĂŻncidĂ© avec l’entrĂ©e en jeu du Hezbollah dans la campagne contre l’Iran, oĂą l’organisation a prouvĂ© qu’elle conservait des capacitĂ©s de tir massif vers le nord d’IsraĂ«l.

Mais la vraie rĂ©vĂ©lation est venue des soldats de la 7e brigade blindĂ©e et de l’unitĂ© d’Ă©lite Yahalom, opĂ©rant sous commandement de la 36e division dans la rĂ©gion de Kantra. Ă€ dix kilomètres de la frontière israĂ©lienne, ils ont localisĂ© et dĂ©truit deux tunnels d’une longueur cumulĂ©e de deux kilomètres, creusĂ©s sur une dĂ©cennie, Ă  des profondeurs atteignant vingt-cinq mètres dans la roche. Ces tunnels n’Ă©taient pas des abris dĂ©fensifs. Ils Ă©taient conçus pour concentrer plusieurs centaines de combattants de la force Radwan et les projeter sur le territoire israĂ©lien par des puits de sortie dissimulĂ©s, pointĂ©s vers le kibboutz Misgav Am et d’autres cibles dans le Galil. L’infrastructure a nĂ©cessitĂ© plus de 450 tonnes d’explosifs pour ĂŞtre dĂ©truite — la plus grande dĂ©tonation unique de toute la guerre selon les estimations militaires.

Des drones qui ne s’arrĂŞtent pas

Pendant ce temps, la guerre du quotidien se poursuit dans un registre que les officiers du terrain dĂ©crivent sans euphĂ©mismes : des drones-kamikazes, guidĂ©s par fibre optique, indĂ©tectables par les systèmes de guerre Ă©lectronique habituels. Ces engins ont causĂ© des pertes dans les rangs de Tsahal au cours des dernières semaines, dont le caporal Eidan Fox, tombĂ© lors d’une opĂ©ration dans le sud du Liban. Quelques minutes après son Ă©vacuation, un second drone a failli frapper l’hĂ©licoptère de secours encore au sol. Ashkenazi rapporte qu’un autre incident, dont les dĂ©tails restent classifiĂ©s, aurait pu, s’il avait pleinement abouti, provoquer un retour Ă  une guerre ouverte totale.

C’est lĂ  que le paradoxe israĂ©lien devient le plus visible. D’un cĂ´tĂ©, les services de renseignement et les forces spĂ©ciales ont dĂ©montrĂ© une capacitĂ© de pĂ©nĂ©tration opĂ©rationnelle exceptionnelle — jusqu’Ă  localiser Khamenei dans ses bunkers souterrains, jusqu’Ă  Ă©liminer en quarante secondes quarante cadres de la direction iranienne. De l’autre, des commandants de drones du Hezbollah opèrent dans le sud du Liban quasi sans entraves, frappant les forces terrestres israĂ©liennes Ă  rĂ©pĂ©tition. Le dĂ©calage entre les succès Ă  longue portĂ©e et les lacunes dans la zone de contact immĂ©diate est la contradiction centrale que Tsahal doit rĂ©soudre dans les prochaines semaines.

Ashkenazi pointe un autre facteur de blocage : la contrainte politique. L’armĂ©e israĂ©lienne presse le niveau politique pour reprendre les frappes sur Beyrouth. Trump freine. La connexion entre l’Iran et la zĂ´ne libanaise — l’Iran qui finançait, orientait et guidait le Hezbollah — rend la situation plus complexe encore depuis le cessez-le-feu nĂ©gociĂ© sur la question nuclĂ©aire, qui a de fait protĂ©gĂ© le Hezbollah d’une pression maximale au moment oĂą il Ă©tait le plus vulnĂ©rable.

La conclusion qui Ă©merge est inconfortable mais prĂ©cise : les promesses faites Ă  l’opinion publique et aux habitants du nord d’IsraĂ«l ne correspondaient pas Ă  la rĂ©alitĂ© stratĂ©gique. Le Hezbollah a Ă©tĂ© durement frappĂ©. Il n’a pas Ă©tĂ© vaincu. Et les tunnels de Kantra — dissimulĂ©s Ă  dix kilomètres de la frontière, ignorĂ©s de la majoritĂ© des combattants de l’organisation elle-mĂŞme — en sont la dĂ©monstration la plus brutale.


Pour aller plus loin sur infos-israel.news : — Le grand secret du Hezbollah révélé : des tunnels gigantesques localisés et détruits — Israël demande aux États-Unis de faire pression sur le Liban concernant les tunnels


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