Tempête au Grand Rabbinat : des rabbins réclament le gel total des examens rabbiniques

 

La dĂ©cision de la Haute Cour de justice israĂ©lienne (Bagatz) d’autoriser les femmes Ă  se prĂ©senter aux examens rabbiniques officiels a provoquĂ© une onde de choc au sein du Grand Rabbinat. Quatre rabbins membres du Conseil de la Rabbanout se sont coalisĂ©s et ont adressĂ© une demande formelle aux grands rabbins d’IsraĂ«l : geler l’intĂ©gralitĂ© des sessions d’examens rabbiniques, sans dĂ©lai et sans exception. L’information a Ă©tĂ© publiĂ©e en premier par la chaĂ®ne 13.

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La manĹ“uvre est transparente dans ses intentions. Ces quatre rabbins exercent une pression maximale sur les grands rabbins, qui s’opposent sur le fond Ă  la dĂ©cision du Bagatz — mais qui n’ont pas empĂŞchĂ© les femmes de passer les examens la semaine dernière. Pour le courant le plus rigide du Conseil, cette absence d’obstruction active Ă©quivaut Ă  une capitulation inacceptable. Leur rĂ©ponse : transformer les examens eux-mĂŞmes en levier de protestation.

Trois femmes, un précédent historique

La semaine dernière, trois femmes se sont prĂ©sentĂ©es pour la première fois aux examens rabbiniques officiels en IsraĂ«l. Cette percĂ©e est le rĂ©sultat d’un combat long et Ă©puisant menĂ© par l’organisation « Itim », spĂ©cialisĂ©e dans l’accompagnement des citoyens face aux institutions religieuses israĂ©liennes et qui a dĂ©posĂ© les recours juridiques ayant abouti Ă  la dĂ©cision du Bagatz.

La route n’a pas Ă©tĂ© sans embĂ»ches. Le Rabbinat avait multipliĂ© les obstacles administratifs avant la tenue des examens, retardant de manière significative leur dĂ©marrage. Finalement, sous la contrainte juridique, les trois femmes ont pu passer les Ă©preuves. Un prĂ©cĂ©dent que certains rabbins entendent manifestement ne pas laisser devenir une norme.

Le gel : une punition collective

Ce que proposent les quatre rabbins dissidents n’est pas une simple protestation symbolique. Un gel total des examens rabbiniques aurait des consĂ©quences très concrètes sur des milliers de candidats — des hommes, en immense majoritĂ© — qui attendent ces sessions pour obtenir le titre nĂ©cessaire Ă  l’exercice de fonctions rabbiniques officielles : mariage, divorce, kashrout, conversion. Les postes de rabbins de ville, de quartier, d’institution — tous dĂ©pendent de la rĂ©ussite Ă  ces examens.

Autrement dit, pour empĂŞcher quelques femmes de s’asseoir dans une salle d’examen, certains membres du Conseil sont prĂŞts Ă  bloquer l’accès Ă  la carrière rabbinique pour des milliers de leurs coreligionnaires masculins. La logique punitive est assumĂ©e : il s’agit de forcer les grands rabbins Ă  choisir leur camp, et Ă  rĂ©sister ouvertement Ă  la Cour suprĂŞme.

Un bras de fer institutionnel aux racines profondes

Ce bras de fer n’est pas nĂ© de la dernière pluie. La question de la place des femmes dans les institutions religieuses officielles de l’État d’IsraĂ«l fait l’objet d’un conflit larvĂ© depuis des dĂ©cennies, entre une frange orthodoxe qui considère toute Ă©volution comme une atteinte Ă  la halakha, et une sociĂ©tĂ© civile — et un système judiciaire — qui revendiquent l’Ă©galitĂ© de traitement dans l’accès aux services et aux fonctions publics financĂ©s par l’État.

Le Grand Rabbinat est une institution d’État. Ses examens sont des examens d’État. Ses rabbins sont des fonctionnaires payĂ©s par le contribuable israĂ©lien — femmes comprises. C’est prĂ©cisĂ©ment sur ce point que le Bagatz a fondĂ© sa dĂ©cision : une institution publique financĂ©e par tous ne peut discriminer dans l’accès Ă  ses procĂ©dures.

Pour les rabbins qui rĂ©clament le gel, cet argument est irrecevable. Ils considèrent que la halakha prime sur le droit civil, et que le Bagatz n’a pas la lĂ©gitimitĂ© de lĂ©gifĂ©rer sur des questions religieuses. La demande de gel est donc aussi une dĂ©claration de principe : le Conseil rabbinique entend rester maĂ®tre de ses propres règles, quitte Ă  paralyser l’ensemble du système.

La rĂ©ponse des grands rabbins, Yitzhak Yosef et David Lau, Ă  cette pression n’a pas encore Ă©tĂ© rendue publique. Mais leur marge de manĹ“uvre se rĂ©duit : d’un cĂ´tĂ©, une dĂ©cision de justice qu’ils ne peuvent ignorer sans risquer des sanctions ; de l’autre, une base rabbinique qui leur reproche d’avoir dĂ©jĂ  trop cĂ©dĂ©.


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