Le secret de Rami Levy révélé : la chaîne de supermarchés a remporté un appel d’offres pour fournir l’aide à Gaza

Israël achemine chaque jour environ 700 camions d’aide humanitaire vers la bande de Gaza. Mais qui fournit les marchandises qui y transitent ? La réponse, révélée par Hadashot Kipa, est aussi surprenante que politiquement délicate : parmi les entreprises retenues dans le cadre d’un appel d’offres public pour privatiser cet approvisionnement figurent des noms bien connus du paysage commercial israélien — dont Rami Levy Shikma Marketing, l’une des enseignes de grande distribution les plus populaires du pays, et les chaînes Victory et Mehadrin, appartenant au groupe d’Itzhak Tshuva.

L’appel d’offres a été publié en décembre dernier par l’Administration des douanes et des marchés publics. Onze entreprises ont été désignées lauréates. Les enjeux financiers ne sont pas anodins : d’après les rapports financiers de Mehadrin — la seule des onze à avoir divulgué publiquement cette activité — les transactions avec Gaza représentent des dizaines de millions de shekels.

Un silence calculé côté investisseurs

Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le choix délibéré de la quasi-totalité des entreprises concernées de ne pas en informer leurs actionnaires. La raison invoquée est simple : la sensibilité politique et commerciale qui entoure toute coopération économique avec Gaza, même dans un cadre strictement humanitaire sanctionné par l’État.

Rami Levy a confirmé sa participation à l’appel d’offres mais a précisé que, dans les faits, la société n’avait vendu aucune marchandise à Gaza et n’avait donc pas jugé nécessaire d’en faire état. La chaîne Victory a fourni une explication similaire : ses ventes vers l’enclave n’auraient duré que quelques semaines, un volume jugé insuffisant pour déclencher une obligation de divulgation. Pourtant, les rapports financiers de Victory pour le dernier trimestre affichent des bénéfices particulièrement marqués, ce qui pose la question d’un éventuel lien avec ce commerce.

L’Autorité des marchés financiers israélienne a pour sa part indiqué ne pas commenter les activités des sociétés sous sa supervision, ajoutant simplement que si une divulgation s’avérait nécessaire, elle apparaîtrait dans les futurs rapports des entreprises concernées.

Une privatisation dans un contexte de guerre

La décision de privatiser l’approvisionnement humanitaire vers Gaza intervient dans un contexte où l’État israélien cherche à rationaliser et à sécuriser les flux d’aide, tout en maintenant un contrôle sur ce qui entre dans l’enclave. Le recours à des entreprises privées du secteur de la grande distribution présente des avantages logistiques évidents : ces acteurs disposent déjà des chaînes d’approvisionnement, des infrastructures et des capacités de stockage nécessaires pour gérer des volumes importants de produits alimentaires et de première nécessité.

Mais la dimension politique de cette démarche est inévitable. Associer des marques commerciales grand public à l’acheminement d’aide vers un territoire contrôlé par le Hamas — même dans le cadre d’une opération militaire — place les entreprises concernées dans une position inconfortable vis-à-vis d’une partie de leur clientèle, et explique le choix du silence envers les marchés financiers.

L’affaire illustre une fois de plus la complexité des mécanismes par lesquels l’aide humanitaire parvient à Gaza — entre impératifs logistiques, contraintes politiques et intérêts économiques qui se croisent dans un espace de tension permanente.


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