Les pays qui critiquent Israël, mais utilisent des systèmes d’armes bleu-blanc

C’est l’une des contradictions les plus frappantes de la scène internationale : des pays qui multiplient les déclarations critiques à l’égard d’Israël dans les enceintes diplomatiques continuent, dans le même temps, d’intégrer des systèmes d’armes israéliens au cœur de leurs armées. Cette semaine a fourni plusieurs illustrations saisissantes de ce paradoxe — du Kenya à la Norvège, en passant par les avancées ukrainiennes et les records turcs.

Le Kenya emprunte à Israël pour acheter israélien

Nairobi vient de finaliser avec Israël un prêt de 6,1 milliards de shillings kényans — soit environ 47 millions de dollars — destiné à l’acquisition du système de défense aérienne Spyder, fabriqué par Rafael. L’information a été rapportée par le site Business Daily Africa. Ce montant représente une hausse drastique de 79% par rapport à un prêt similaire de l’an dernier, qui s’élevait à environ 26 millions de dollars. Le transfert de fonds est prévu pour juillet prochain.

La logique sécuritaire est claire : le Kenya fait face à une frontière orientale instable avec la Somalie, où le groupe islamiste Al-Shebab — une émanation d’Al-Qaïda — exerce un contrôle de facto sur de larges portions du territoire. Face à cette menace asymétrique, Nairobi mise sur une capacité de défense aérienne multi-menaces.

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Le Spyder est un système modulaire capable d’intercepter des drones, des avions, des hélicoptères et des missiles balistiques à courte portée, via deux familles de missiles Rafael : le Python et le Derby. Son atout majeur est la configuration « All in One » — radar intégré, système électro-optique, commande et contrôle, et missiles montés sur un seul véhicule — ce qui en fait une solution autonome déployable avec un équipage minimal.

La Norvège critique Israël — et blinds ses chars avec du Rafael

La Norvège fait partie des pays européens les plus ouvertement critiques à l’égard d’Israël dans les forums internationaux. Mais ce positionnement politique ne se traduit pas en rupture technologique. L’Allemagne a commencé à livrer à Oslo des chars Leopard 2A8NOR dans le cadre d’une première vente de cette plateforme avancée. Or chaque char de la série 2A8 est équipé du système Trophy dans sa variante européenne — le système Eurotrophy, version exportée du Trophy de Rafael.

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Eurotrophy est une coentreprise entre Rafael, l’allemand KMW et General Dynamics European Land Systems, créée pour produire et commercialiser Trophy en Europe. Le système est opérationnel depuis 2010, a été engagé lors de l’opération Bordure Protectrice, vendu à l’armée américaine en 2018, et sélectionné pour le Leopard allemand et le Challenger britannique en 2021. Il équipe aujourd’hui 16 plateformes dans le monde — et a démontré son efficacité face aux missiles antichar, y compris lors des opérations contre le Hezbollah.

L’Ukraine lance un véhicule logistique autonome de 700 kilos

La guerre russo-ukrainienne est devenue depuis quatre ans un laboratoire mondial de l’armement sans pilote. On parle souvent des drones aériens, mais l’innovation touche également les véhicules terrestres autonomes. La société ukrainienne Armolab vient de présenter le Mammont, un véhicule électrique non piloté 6×6.

Le choix de six roues répond aux contraintes du terrain ukrainien : rivières, boue, sol instable. Le Mammont peut transporter 700 kg de matériel, atteindre 40 km/h et opérer sur un rayon de 100 km. Il est conçu pour effectuer des livraisons logistiques vers le front sans exposer de soldats, et peut décharger lui-même sa cargaison sur le terrain. Pour contrer la menace des drones FPV — omniprésents sur ce théâtre —, il est protégé par un blindage réactif et une architecture de véhicule qui réduit la vulnérabilité du moteur.

Aselsan pulvérise ses records

Sur un autre registre, la société turque Aselsan — spécialisée dans les radars, les communications, l’avionique et la défense aérienne — vient de publier des résultats record pour le premier trimestre 2026. Sur un chiffre d’affaires total d’environ 760 millions de dollars (en hausse de 15% sur un an), les exportations ont atteint 629 millions de dollars, soit un bond de 69%.

Le carnet de commandes global a progressé de 39%, pour atteindre 20,7 milliards de dollars. Les investissements en production sérielle ont bondi de 261% à 137 millions de dollars, tandis que le budget de recherche et développement a augmenté de 41% à 357 millions de dollars. Le PDG d’Aselsan, Ahmet Akyol, a souligné que la croissance du premier trimestre s’accélère d’année en année : +5%, puis +9%, désormais +15%. La compagnie bénéficie notamment du programme de défense aérienne multicouche lancé par le président Erdogan, qui lui garantit des contrats domestiques de long terme dans les domaines des radars, de la guerre électronique et des systèmes basés sur l’intelligence artificielle.


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