Après l’incident dans un sauna, les Juifs de Barcelone appellent à « porter l’étoile de David sans crainte »

Une vidéo publiée en fin de semaine a mis le feu aux poudres dans les communautés juives d’Espagne. On y voit une Américaine juive se faire refuser l’entrée d’un sauna à Barcelone, au seul motif qu’elle arborait une chaîne ornée d’une étoile de David. L’enregistrement, diffusé par Chen Mazig — un activiste connu pour documenter les actes antisémites sur les réseaux sociaux — a rapidement circulé bien au-delà des frontières catalanes, soulevant une vague d’indignation en Israël et au sein de la diaspora.

Une plainte a été déposée auprès de la police de Catalogne. Parallèlement, la communauté juive de Barcelone a exigé que les unités spécialisées dans la lutte contre la discrimination et les crimes de haine — au sein de la mairie de Barcelone et du gouvernement catalan — ouvrent une enquête formelle sur les faits.

Barcelone « où personne n’est discriminé pour ce qu’il est »

La communauté juive de Barcelone, qui avait déjà condamné l’incident dès le Shabbat, a durci le ton dimanche avec une déclaration publique rédigée en catalan — un choix symbolique fort. Le texte défend une vision précise de la ville : celle d’une Barcelone où chacun peut vivre son identité librement et avec fierté, sans avoir à se justifier ni à se dissimuler. La déclaration s’est conclue par un appel direct aux Juifs : porter l’étoile de David sans crainte, la tête haute.

Ce message résonne comme une réponse directe à la tentation que connaissent beaucoup de Juifs en Europe — celle de ranger leurs symboles religieux au fond de leur chemise pour éviter les regards, les questions, ou pire, les confrontations.

La réaction institutionnelle la plus ferme est venue de Madrid. La Fédération des communautés juives d’Espagne, principal interlocuteur des Juifs espagnols auprès des autorités, a publié une déclaration exprimant « un rejet total et une profonde consternation » face à ce qu’elle qualifie d’ »incident honteux ». Selon la Fédération, deux femmes se sont vu refuser l’accès à l’établissement pour la seule et unique raison qu’elles portaient visiblement l’étoile de David.

La Fédération n’a pas cherché à atténuer la nature des faits : « Expulser des personnes identifiées comme juives d’un espace public ou privé est un acte d’antisémitisme flagrant, portant atteinte aux droits fondamentaux. » Elle a également rejeté toute logique qui consisterait à demander aux Juifs de dissimuler leur identité pour éviter les tensions. Sa formulation est sans équivoque : aucun citoyen juif en Espagne ne devrait jamais ressentir le besoin de cacher son identité, ses convictions ou ses symboles par peur du harcèlement, de la censure ou de l’exclusion.

Jérusalem entre dans le débat

À des milliers de kilomètres de Barcelone, le ministère israélien des Affaires étrangères a lui aussi pris position. Dans un communiqué publié depuis Jérusalem, le ministère a estimé que stigmatiser des personnes en raison du port de symboles juifs et leur exiger de renier le sionisme pour être acceptées constituait un cas caractérisé d’antisémitisme. Le communiqué a également affirmé que l’identité juive et le sionisme sont indissociables, et réclamé une réponse ferme des autorités compétentes.

Cette intervention d’un gouvernement étranger dans un incident survenu sur le sol espagnol traduit le niveau de préoccupation que l’affaire a suscité au plus haut niveau. Elle s’inscrit dans une tendance de plus en plus marquée, où Israël prend la parole sur des incidents antisémites survenus dans des pays tiers, assumant un rôle de porte-voix pour les communautés juives hors de ses frontières.

Selon le site spécialisé Enfoque Judio, l’identité des employées qui ont refusé l’accès à la femme juive n’a pas été officiellement établie à ce stade, bien que des informations circulent sur les réseaux sociaux concernant l’une des personnes potentiellement impliquées. L’enquête suit son cours.

Ce qui est certain, en revanche, c’est que l’incident a largement débordé du cadre local. La vidéo, la plainte, les déclarations officielles et la mobilisation des organisations juives ont propulsé cette affaire au cœur du débat public — en Espagne comme en Israël. Sur fond de montée continue de l’antisémitisme en Europe depuis le 7 octobre 2023, l’affaire barcelonaise s’ajoute à une liste qui ne cesse de s’allonger : des actes qui, pris isolément, peuvent paraître anecdotiques, mais qui, mis bout à bout, dessinent un tableau préoccupant pour les communautés juives du continent.

La question posée par cet incident dépasse les murs d’un sauna catalan : jusqu’où les Juifs d’Europe doivent-ils encore adapter leur apparence, masquer leurs symboles, taire leur appartenance, pour circuler librement dans des espaces qui leur sont pourtant ouverts à tous ?


Sur un sujet voisin, notre article Polémique en Espagne : une influenceuse nie les viols du 7 octobre et suscite l’indignation documente une autre facette de la montée des discours antisémites en Espagne. À lire également : Un employé juif de chez Zara poursuit la marque espagnole pour antisémitisme et homophobie, affaire qui illustre combien la discrimination à caractère antisémite en Espagne n’est pas un phénomène nouveau.

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