Des mois après la vague de manifestations meurtrières qui a secouĂ© l’Iran, des preuves glaçantes continuent d’Ă©merger sur les mĂ©canismes organisĂ©s de rĂ©pression du rĂ©gime : massacres de masse perpĂ©trĂ©s Ă l’aide d’armes lourdes, extorsion des familles pour rĂ©cupĂ©rer les corps de leurs proches, et tortures sexuelles brutales infligĂ©es Ă des Ă©quipes mĂ©dicales dont le seul crime Ă©tait de refuser d’abandonner les blessĂ©s.
Alors que le pays Ă©tait soumis Ă un black-out mĂ©diatique et Ă une coupure d’internet imposĂ©e par les autoritĂ©s, le rĂ©gime a menĂ© une campagne de rĂ©pression violente visant non seulement les manifestants eux-mĂŞmes, mais aussi ceux qui osaient leur tendre la main.
Des passages de marché transformés en couloirs de la mort
Des tĂ©moins oculaires dĂ©crivent comment des manifestants ont Ă©tĂ© contraints de se rĂ©fugier dans d’Ă©troits passages de marchĂ©s couverts, oĂą ils se sont retrouvĂ©s piĂ©gĂ©s et soumis aux tirs de mitrailleuses lourdes. Les rues, imprĂ©gnĂ©es pendant des jours d’odeurs de fumĂ©e et de sang, sont devenues le théâtre de massacres. Des camions-poubelles et des vĂ©hicules municipaux ont ensuite Ă©tĂ© mobilisĂ©s pour ramasser ce que le rĂ©gime traitait comme des « butins » : les corps des morts et des blessĂ©s, parfois encore en vie, transportĂ©s vers des lieux non identifiĂ©s.
« Payer pour les balles » : le mĂ©canisme d’extorsion
Une fois les opĂ©rations de terrain terminĂ©es, la mĂ©canique de rĂ©pression a basculĂ© vers l’extorsion Ă©conomique et l’humiliation dĂ©libĂ©rĂ©e. Les familles Ă la recherche de leurs proches arrivaient dans les instituts mĂ©dico-lĂ©gaux pour y dĂ©couvrir des entrepĂ´ts de fortune remplis de sacs mortuaires, tandis que des Ă©crans diffusaient les images de morts anonymes cherchant Ă ĂŞtre identifiĂ©s.
Au comble de la cruautĂ©, les reprĂ©sentants du rĂ©gime exigeaient des familles endeuillĂ©es qu’elles « paient pour les balles » — le coĂ»t des munitions utilisĂ©es pour tuer leurs proches — en Ă©change de la restitution du corps pour l’inhumation. Les familles qui s’exĂ©cutaient Ă©taient ensuite contraintes Ă des enterrements nocturnes prĂ©cipitĂ©s, sans toilette mortuaire ni cĂ©rĂ©monie religieuse.
Le sort des infirmières de Téhéran
Derrière ce masque de rĂ©pression de masse, une tragĂ©die d’une effroyable prĂ©cision a Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e dans un hĂ´pital de cardiologie de TĂ©hĂ©ran. Le 8 janvier, alors que l’Ă©tablissement Ă©tait submergĂ© par l’afflux de manifestants blessĂ©s, le personnel mĂ©dical a reçu l’ordre formel de cesser toute prise en charge.
Quatorze infirmières ont choisi de risquer leur vie en agissant contre ces instructions. Sept d’entre elles ont continuĂ© Ă prodiguer des soins d’urgence jusqu’au moment oĂą les forces de sĂ©curitĂ© ont fait irruption dans l’hĂ´pital, armĂ©es de munitions rĂ©elles : elles ont battu le personnel et traĂ®nĂ© certains membres dans les sous-sols du bâtiment. Deux infirmières ont Ă©tĂ© tuĂ©es sur le coup.
Le sort des cinq autres fut bien plus horrible. Des preuves accablantes rĂ©vèlent que deux des infirmières survivantes ont subi des violences sexuelles systĂ©matiques et brutales au sein des centres de dĂ©tention, notamment des viols collectifs et des tortures extrĂŞmes, dont l’insertion d’objets Ă©trangers. Leurs blessures Ă©taient si graves qu’elles ont nĂ©cessitĂ© des interventions chirurgicales d’urgence, dont une hystĂ©rectomie et des rĂ©parations gastro-intestinales complexes.
Pour dissimuler ces crimes, le régime a contraint les victimes à signer des documents falsifiant les circonstances de leurs blessures. Les familles ont par ailleurs été forcées de verser des pots-de-vin à des agents des services de renseignement pour obtenir la libération de leurs proches de prison.
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