J’ai rencontrĂ© une femme en ligne, j’ai transmis des informations sur les alarmes et les missiles aux Iraniens.

Le Parquet de l’État a dĂ©posĂ© ce mardi devant le tribunal de district de Tel-Aviv un acte d’accusation contre Nissan Aviv (39 ans), rĂ©sident de Bat Yam, pour des infractions d’espionnage : contact avec un agent Ă©tranger et transmission de renseignements Ă  l’ennemi. L’acte d’accusation a Ă©tĂ© dĂ©posĂ© par Me Tal Slagnik, du parquet du district de Tel-Aviv.

Le dossier dĂ©crit une histoire de manipulation progressive menĂ©e via les rĂ©seaux sociaux, qui a conduit cet homme Ă  transmettre, en plein conflit, des informations sensibles sur les impacts de missiles sur le sol israĂ©lien Ă  des Ă©lĂ©ments liĂ©s aux services iraniens, en Ă©change d’une rĂ©munĂ©ration modique.

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Un profil Facebook comme porte d’entrĂ©e

Selon l’acte d’accusation, tout commence Ă  la fin 2025 : Nissan Aviv prend contact, par l’intermĂ©diaire d’un groupe de rencontres sur Facebook, avec un profil dĂ©nommĂ© « Elizabeth Brown ». Il lui confie des informations personnelles sur sa vie. Dans le cadre de cette relation, « Elizabeth » lui propose de le mettre en lien avec un ami susceptible de l’aider, en l’informant que cet ami prendrait contact avec lui.

Environ un mois et demi plus tard, un agent Ă©tranger se manifeste via Telegram et lui demande de lui envoyer une vidĂ©o dans laquelle il se prĂ©sente, prĂ©cise son lieu de rĂ©sidence et dĂ©crit son Ă©tat de santĂ© — le tout en Ă©change d’une rĂ©munĂ©ration financière. Après qu’Aviv eut exĂ©cutĂ© la demande, la somme d’environ 20 dollars lui a Ă©tĂ© versĂ©e sur un portefeuille numĂ©rique, assortie d’une consigne explicite : « N’en parle Ă  personne. »

L’agent lui a ensuite demandĂ© s’il souhaitait percevoir des sommes plus importantes. Sa rĂ©ponse positive a marquĂ© le dĂ©but d’une collaboration qui allait se poursuivre pendant plusieurs mois.

Des données en temps réel, transmises aux Iraniens

Entre les mois de fĂ©vrier et avril de cette annĂ©e, en plein dĂ©roulement de l’opĂ©ration « Rugissement du Lion », Nissan Aviv a transmis Ă  ses contacts iraniens des renseignements sur les positions des impacts de missiles, l’Ă©tat d’urgence en IsraĂ«l et les dommages causĂ©s Ă  diverses infrastructures Ă  travers le pays. Il a reçu des paiements en contrepartie de ces informations.

La nature mĂŞme de ces donnĂ©es illustre leur potentiel opĂ©rationnel pour une puissance ennemie : connaĂ®tre en temps rĂ©el les zones touchĂ©es par les frappes permet d’Ă©valuer l’efficacitĂ© des tirs, d’ajuster la trajectoire des missiles et d’identifier les failles dans les systèmes de dĂ©fense israĂ©liens. MĂŞme transmises par un civil ordinaire, sans accès Ă  des informations classifiĂ©es, ces donnĂ©es peuvent constituer un renseignement de guerre de première valeur — a fortiori lorsqu’elles sont acheminĂ©es directement Ă  la puissance qui tirait les missiles en question.

L’acte d’accusation prĂ©cise qu’Aviv a agi en sachant qu’il Ă©tait en contact avec un agent Ă©tranger hostile Ă  IsraĂ«l, et que les informations qu’il transmettait Ă©taient susceptibles de servir l’ennemi et de nuire Ă  la sĂ©curitĂ© de l’État.

Une méthode de recrutement rodée

L’affaire illustre une mĂ©thode de recrutement bien documentĂ©e par les services de renseignement : approcher des individus vulnĂ©rables ou isolĂ©s via des profils fictifs sur les rĂ©seaux sociaux, instaurer un lien de confiance apparent, puis les amener progressivement Ă  effectuer des tâches de plus en plus compromettantes. Le montant dĂ©risoire de la première transaction — vingt dollars — n’est pas anodin : il s’agit moins d’acheter l’information que de crĂ©er un prĂ©cĂ©dent, de lier psychologiquement la cible Ă  la relation, avant de monter progressivement les enjeux.

La publication de l’acte d’accusation ce mĂŞme mardi, alors que l’escalade entre IsraĂ«l et l’Iran domine l’actualitĂ©, donne Ă  cette affaire une rĂ©sonance particulière. Elle rappelle que la guerre de renseignement se mène aussi au niveau des individus les plus ordinaires, bien loin des officiers et des opĂ©rations clandestines.


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